RnD Café ☕️ – #422

14 février 2026

Au sommaire cette semaine

  • 80% de « Shadow AI » dans les entreprises. Et alors ?
  • Spotify et HyperWrite : les développeurs ne codent plus
  • Seedance 2.0 et la vidéo multimodale
  • Nvidia passe les 5 000 milliards
  • Hallucinations : 30 à 80% d’erreurs sur sujets techniques. Oui mais pourquoi
  • TEDx Paris : robots, souveraineté, nuance

Vous n’avez que 5 minutes ?

👉 Voir le résumé Slides/Vidéo (5′)
👉 Parcourir les 15 slides
👉 Version podcast RnD Expresso (5′)

Vous avez 10-15 minutes devant vous ?

👇 Bonne lecture !

Toutes les synthèses ci-dessus sont produites à partir des 84 sources de la semaine, in extenso via NotebookLM.

Rnd café podcast 420
Rnd café synthèse 420

D’architecte d’intention à marque indispensable

Je suis très embêté.

Je radote… D’accord… Mais je radote à grande vitesse.

Nouvelle semaine où les mêmes signaux s’enchaînent.

  1. Les accélérations agentiques nous laissent au choix :
    🔲 sceptiques, 🔲 pantois, 🔲 tétanisés mais certainement pas indifférents. J’adore cette image piquée dans la newsletter Jeff : pensez à la différence entre un grille-pain et un thermostat. L’un exécute aveuglément (au prix parfois de brûler votre tartine), l’autre mesure et s’ajuste. Jusqu’ici, c’est vous qui jouiez le thermostat pour l’IA (mesurer et ajuster). Ce temps-là se termine. Les agents gagnent en autonomie : une fois comprise votre intention, ils exécutent, vérifient et corrigent eux-mêmes. Ils « ferment la boucle ». Et vous, vous passez de contrôleur à architecte d’intention.
  2. La semaine dernière, je vous partageais KLING 3.0 comme l’outil de génération vidéo ultime qui permet de reprendre la main, d’opérer un contrôle et de mettre toute la communauté « creative-tech » d’accord.

    Évidemment, et ce ne serait pas drôle sinon, cette semaine, SEEDANCE 2.0 renverse la table.

    Non seulement les vidéos générées sont étonnantes (oui, je sais… je radote), mais la fidélité des visages clonés (de stars, évidemment) ouvre des perspectives vertigineuses. Au mieux, de sacrés procès sur le droit à l’image ou des deepfakes de vous/votre président demandant à votre DAF de virer 1M€ en urgence en veux-tu en voilà. Au pire, … le pire.

Et pourtant, d’autres observations/lectures cette semaine ouvrent de vraies perspectives.

  • Nouvelle formation hier où plus de 150 personnes s’emparent en live d’un outil (les Gems de Gemini) et inventent en quelques minutes les bases d’assistants utiles à leur quotidien. Bien sûr, il faudra itérer, affiner, mais l’engouement était là. Bravo aux équipes de l’Atelier des Chefs.
  • Un très important acteur de l’Industrie Française nous sélectionne pour avancer en adoptant une stratégie des petits pas de course ! Avancer vite au rythme que l’innovation nous imposera, sans avoir gravé dans le marbre une feuille de route indéboulonnable mais avec une vision et une gouvernance. Deux concepts dont nous allons avoir collectivement besoin.
  • Troisième point : cette chronique de Nicolas Bordas (l’un de mes premiers « top boss »… en 96) qui revient sur le rôle de la marque. Le constat est brutal. Selon l’étude Meaningful Brands de Havas, la majorité des marques pourraient disparaître sans que personne ne s’en aperçoive. Elles ne sont pas inutiles mais interchangeables. Indistinctes. Sans perspective.

    Son analyse : les marques ne doivent plus seulement porter des idées fortes mais incarner un idéal c’est-à-dire une vision désirable du monde qui mobilise et crée un attachement durable. Le défi n’est plus l’utilité, mais l’utilité culturelle. Aider les gens à s’orienter dans le monde, pas juste satisfaire un besoin. Vaste programme mais tellement enthousiasmant.
  • On ferme la boucle : les marques qui survivront à l’ère IA sont celles qui donnent du sens, pas juste de l’utilité. Et ça tombe bien, car c’est par cette route qu’elles acquerront de l’autorité qui nous servira bien en matière de SEO/GEO pour que l’IA les identifie et leur donne la place méritée.

Puissance, limites, sens : c’est le fil de cette semaine. On y va. Bonne lecture.


LA PUISSANCE

L’ère de l’IA fantôme et des développeurs qui ne codent plus

C’est le chiffre qui fait mal aux DSI. Malgré une adoption massive, 80% des organisations n’ont aucune vision claire de l’usage réel de l’IA par leurs équipes. On appelle ça le « Shadow AI« . On en parle ici régulièrement. Vos collaborateurs n’attendent pas la validation de la conformité pour automatiser leurs tâches. Ils avancent, souvent dans l’angle mort de la sécurité des données.

Mais pourquoi cette frénésie ? Peut-être parce que la pression monte. C’est la thèse de la Harvard Business Review. Contrairement à la promesse initiale, l’IA générative ne réduit pas la charge de travail, elle l’intensifie. Elle génère de nouvelles attentes, de nouveaux standards de rapidité et crée une montagne de livrables à gérer.

Mise en perspective :

Cette intensification soulève la question d’une réorganisation importante. On ne travaille plus avec l’IA, on la fait travailler entre agents. C’est ce que décrit Zain Kahn avec le workflow 2026 d’un développeur avec Claude Code : il ne code plus, il orchestre.

Il filme un produit existant pour générer son cahier des charges via IA (Gemini → Claude Code → ChatGPT), puis lance des agents en parallèle pour coder pendant qu’il se concentre sur les décisions d’architecture et la mise à jour des instructions pour éviter que les erreurs se répètent.

Son mantra : concevoir des boucles où l’agent construit, échoue et apprend ; une orchestration où l’humain supervise des modèles qui collaborent entre eux.

Et si vous pensez que c’est de la science-fiction, regardez Spotify. Selon TechCrunch, leurs meilleurs développeurs n’ont pas écrit une ligne de code depuis décembre. Que font-ils ? Ah bah voyons… Ils orchestrent, ils architecturent, mais à nouveau c’est l’IA qui code.

Définitivement pas un cas isolé. Matt Shumer, CEO de HyperWrite (startup d’agents IA), a publié cette semaine « Something Big Is Happening« , un texte qui a secoué les réseaux.
Son témoignage : il décrit un projet, part quatre heures, revient, c’est fait et même mieux qu’il ne l’aurait fait lui-même. Il cite les données METR : la durée des tâches qu’un modèle peut accomplir seul double tous les 4 à 7 mois. Fred Cavazza a repéré la phrase la plus glaçante : « La résilience financière compte plus qu’il y a un an. Épargnez si vous le pouvez. » On écoute mais on note que ce même CEO vend des agents à 20$/mois, et ne dit pas un mot sur les hallucinations, sur la responsabilité. Sincère, puissant, orienté ?

Le changement est donc structurel. Les agents ferment la boucle, comme on le disait en introduction, ils testent, corrigent et agissent sans intervention humaine.

Le Conseil de l’Intelligence Artificielle et du Numérique (CIANum) vient d’ailleurs d’inaugurer une série de notes pour démystifier le sujet : il explique qu’une IA agentique décompose un objectif en étapes, mobilise des outils variés, exécute et pivote avec, idéalement, des validations humaines intermédiaires. Encore heureux !

Et Marc Andreessen affirme que le vrai boom n’a même pas commencé. Son argument principal est démographique : face à l’effondrement de la natalité et au déclin de la productivité dans les pays développés, l’IA est la seule variable capable de compenser. Moins de bras, mais des agents qui multiplient la capacité de chacun.

Ce qui rejoint exactement notre sujet sur les marques.

Et donc ?

  • Auditez le Shadow AI : ne l’interdisez pas, encadrez-le. C’est là que se trouve l’innovation réelle de vos équipes.
  • Changez vos KPIs : ne mesurez plus la production de code ou de texte, mais la capacité à orchestrer des systèmes complexes.
  • Formez à l’orchestration : la compétence clé de 2026 n’est plus de « faire », mais de faire faire à la machine. Le grand retour de l’interdisciplinarité.

Seedance 2.0 : la vidéo entre dans l’ère multimodale

On attendait Sora, c’est Seedance qui change la donne. Le modèle de ByteDance (cn) a fuité cette semaine et les premiers tests sont sidérants (je vous épargne l’emoji tête qui explose).

Le saut n’est pas seulement visuel : il est conceptuel.

Vous ne décrivez plus ce que vous voulez, vous le montrez. Le modèle accepte jusqu’à 9 images, 3 vidéos et 3 fichiers audio en entrée pour générer des clips de 4 à 15 secondes avec un son natif.

Une seule image de référence, un prompt et un résultat de 11 secondes.

Test de génération de vidéo Seedance

Dit autrement avec Seedance 2.0 : vous donnez une photo pour le style, une vidéo pour le mouvement, un extrait audio pour l’ambiance … et Seedance compose le tout.

Ethan Mollick l’a testé : comme on vient de le voir, une seule image de référence suffit à générer une séquence narrative complète avec mouvements de caméra, expressions et bande-son synchronisée. Superhuman confirme le réalisme extrême des rendus (exemples ici).

C’est aussi ce qui rend la chose vertigineuse. Des visages clonés à la perfection, c’est formidable pour la publicité et terrifiant pour le droit à l’image. On en parlait en introduction.

Génération de vidéo de scène de combat avec Seedance

Et donc ?

  • Testez le multimodal : nourrissez l’IA avec vos assets existants (photos, rushes, ambiances sonores) plutôt que de partir d’un prompt texte.
  • Narrative first : la technique suit, c’est le storytelling qui fera la différence.
  • Verrouillez les droits : avant toute publication, vérification systématique des visages et identités générées. Ce n’est plus optionnel.

Nvidia : le colosse aux 5 000 milliards

Pendant que tout le monde regarde les modèles, le vendeur de pelles continue de creuser l’écart. CNN raconte en 4 graphiques comment Nvidia est devenue la première entreprise à franchir les 5 000 milliards de dollars de valorisation. Le cours a été multiplié par 12 depuis le lancement de ChatGPT.

La part de marché sur les puces IA est de 81 %. Les revenus projetés pour 2026 atteignent 500 milliards de dollars.

Et la prochaine génération de puces (Vera Rubin) arrive au second semestre.

Capitalisation du marché Nvidia

Fondée en 1993 pour faire tourner des jeux vidéo, Nvidia est devenue en trois ans l’infrastructure de toute l’économie IA. C’est le genre de trajectoire qui mérite qu’on s’y arrête.

Et donc ?

  • Suivez le hardware : la roadmap de Nvidia dicte la roadmap des capacités IA logicielles à 18 mois.

LES LIMITES

Quand la machine invente avec aplomb

Toute cette puissance a un revers. Et il se manifeste de deux façons.

Côté technique d’abord.
On pensait que les modèles 2026 auraient réglé le problème des hallucinations. C’est plus compliqué que ça. Une étude (HALLUHARD) relayée par Benoît Raphaël annonce des taux d’hallucination de 30 à 80% sur des sujets techniques. Le chiffre fait peur, et il a raison de le nuancer. Le taux varie énormément selon le modèle, le domaine et surtout si la recherche web est activée (elle divise les erreurs par deux).
Ce qui est vraiment intéressant, c’est la nature des erreurs : les LLM ne fabriquent pas des sources fictives — ils citent de vraies références mais déforment ce qu’elles disent. Plus la conversation est longue, plus le modèle dérive. Et plus le sujet est pointu, plus il invente avec aplomb.

Côté société ensuite.
En un an, le paysage de l’information a été radicalement transformé. Le Monde Décodeurs revient sur la façon dont ChatGPT, Sora et Grok ont brouillé la frontière du vrai et du faux. La facilité de production de fausses preuves est devenue triviale. Pourtant, ne soyons pas fatalistes. Le sociologue Dominique Cardon apporte une nuance essentielle : l’avalanche de faux ne fait pas disparaître notre intérêt pour le réel. Au contraire, elle pourrait même en augmenter la valeur. La « preuve de réalité » va devenir un actif premium.

Et donc ?

  • Conversations courtes : relancez un nouveau fil plutôt que d’empiler les échanges. C’est contre-intuitif mais c’est ce que montrent les données.
  • Recherche web activée : systématiquement, sur tous les sujets factuels.
  • Authentifiez vos contenus : utilisez des marqueurs de confiance pour votre communication corporate.Misez sur le « Vrai » : mettez en avant l’humain, les coulisses, le tangible pour vous différencier du flux synthétique.

LE SENS

Sortir de la « bouillie » générative

Le web est inondé de contenus IA génériques. Pour sortir du lot, il faut éditer, couper, réécrire. SEO Community liste 15 règles simples pour transformer un brouillon IA insipide en contenu utile. La règle d’or ? Ajouter de l’expérience personnelle et des opinions tranchées, ce que l’IA peine encore à simuler correctement.

Astuces pour créer un contenu IA optimisé pour le SEO

Mais attention, le modèle économique change aussi. Andreessen Horowitz prévient : la publicité arrive massivement dans les interfaces IA. Optimiser son contenu pour qu’il soit cité par une IA ne suffira plus, il faudra bientôt payer pour être recommandé par l’agent.

Et c’est là que tout converge avec ce que disait Bordas dans notre introduction.
Dans un monde où l’IA peut tout produire, la question n’est plus « que fabriquer ? » mais « en quoi exister ? ». Les marques qui incarnent un idéal gagnent en autorité. Et cette autorité, c’est exactement ce dont elles auront besoin pour que l’IA les identifie, les cite et leur donne la place méritée, en SEO comme en GEO (Generative Engine Optimization où l’enjeu d’apparaître pour votre marque dans la réponse d’un chatbot).

Et donc ?

  • Éditez impitoyablement : un texte 100% IA est désormais considéré comme un signal de basse qualité par Google (et vos lecteurs)
  • Incarnez : votre marque personnelle est votre seul rempart contre la commoditisation.
  • Construisez l’autorité : le sens crée la confiance, la confiance crée les citations, les citations créent la visibilité. Don’t be fungible.

CARNET DE BORD : TEDx Paris, mardi soir

« Don’t be fungible », disait Andreessen un peu plus haut. Mardi soir au TEDx Paris organisé par Michel Levy Provençal, j’ai vu ce que cela implique.
Résumé à lire chez l’inénarable Vinvin.

Trois moments donc qui prolongent chacun un fil de cette newsletter.

La puissance, en chair et en métal.
Deux robots sur scène, importés par Stéphane Bobot, qui télécharge une compétence kung-fu comme on irait sur un app store — et fait du kung-fu devant nous. Voir ça en vrai, ce n’est pas comme le voir sur YouTube. Sa phrase : « On ne fabriquera pas ces robots en France, mais la guerre de l’intelligence, elle, se joue ici. » c’est-à-dire la formalisation des compétences que nous leur chargerons…

Démonstration de robots faisant du kung-fu au TEDx Paris

Les limites, version géopolitique. Bruno Giussani, ancien curateur de TED Global et auteur de Manuel de résistance à l’emprise technologique (qui sort cette semaine), avec une thèse tranchée : les data centers américains sont des bases militaires, et notre dépendance technologique est devenue une vulnérabilité stratégique. Sa punchline : « que se passerait-il si le président américain ordonnait de couper l’accès de la France aux infrastructures numériques ? »

Le sens, en un mot : nuance. Jean Birnbaum, directeur du Monde des Livres, sur le courage de la nuance. Ce n’est pas dire « il y a du bon et du mauvais », cela, dit-il, c’est la tiédeur. C’est tenir ensemble des vérités qui se contredisent.

En matière d’IA, c’est exactement le chemin de crête sur lequel on essaye d’avancer chaque semaine dans cette newsletter.


BREVES, TIPS & SIGNAUX FAIBLES DE LA SEMAINE

Business

Outils & Plateformes

  • Apps dans ChatGPT : C’est officiel, les développeurs peuvent soumettre leurs apps directement à OpenAI. Un nouveau canal de distribution massif. A quand votre app de marque ?
  • Agentic Commerce : Comment survivre quand c’est un agent qui achète pour le client ? Kevin Indig pose le diagnostic : les LLM ne se laissent pas séduire par le branding — ils lisent les specs, comparent froidement, et filtrent les marques « marketing first ». Ton site devient une base de données, le SEO passe de l’optimisation du clic à l’optimisation de l’ingestion, et la notoriété redevient un levier critique de départage. Seule la vérité produit subsiste.
  • Floating Heads : Freepik révèle les secrets de fabrication des têtes flottantes qui inondent les réseaux — prompts et workflow inclus. Vu chez Generative.
Floating heads têtes flottantes avec prompts de Freepik

Audience & SEO

Droit & Société

Rhode Girls : L’affaire pose de lourdes questions de propriété intellectuelle quand l’IA génère des contenus de marque non autorisés.

Shooting photo IA Rhode Girls

☕ Un café en vrai ?

Trois questions pour prolonger la réflexion cette semaine :

  1. Quel process interne allez-vous créer cette semaine pour cartographier vos usages IA ?
  2. Qui dans votre organisation doit devenir « orchestrateur » et avec quel temps dédié ?
  3. Quel projet pilote Seedance/vidéo multimodale pouvez-vous lancer pour tester pipelines éditoriaux et conformité ?

Autant de sujets que nous aimons explorer chez RnD.

Alors, pourquoi ne pas en parler autour d’un café (virtuel ou réel) ?

Newsletter

Chaque samedi matin retrouvez une synthèse des informations du marketing digital à replacer lors de votre prochaine réunion.