RnD Café ☕️ – #440
18 juillet 2026
Au sommaire cette semaine
- Tesla, Uber, Microsoft : les grandes entreprises serrent la vis sur la facture IA
- Kimi K3, Inkling : l’open-weight recolle au peloton de tête… par la Chine
- Workers IA : l’employé que toute l’équipe se partage arrive dans nos organisations
- Éditeurs contre IA : le web se referme, le GEO s’organise
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Vous avez 10-15 minutes devant vous ?
👇 Bonne lecture !
Toutes les synthèses ci-dessus sont produites à partir des 200 sources de la semaine, in extenso via NotebookLM.
Les newsletters ferment, l’IA tourne toujours
Samedi dernier, Christophe Lachnitt bouclait la dernière Superception de la saison : rendez-vous le 5 septembre. Hier, Gilles Guerraz et Caroline Thireau envoyaient la 165e édition de Generative, la dernière avant la coupure estivale. Et vous lisez en ce moment le 41e et dernier RnD Café de la saison.
Les newsletters ferment mais je ne suis pas certain que l’IA appuie sur pause. On se retrouvera le samedi 22 août pour vérifier tout cela.
Avant de fermer la boutique, petit coup d’œil sur les comptes. En additionnant l’email et l’édition LinkedIn, vous êtes ce matin plus de 3 000 abonnés, soit +25 % de croissance sur la saison, et même +41 % sur la seule liste email. Vous avez ouvert ces emails à 58 % en moyenne, plus du double des standards du secteur, et cliqué plus de 11 000 fois vers les contenus partagés. 68 d’entre vous se sont désabonnés en un an, moins de 2 par numéro : à ceux-là aussi, merci, c’est une forme d’honnêteté.
Vos numéros préférés en disent long. Le record d’ouverture de la saison : le n°417 du 10 janvier, « Retour aux fondamentaux… et surtout la santé ! », ouvert par 72 % d’entre vous. Suivent le n°409 sur le ROI de l’IA et le n°407 sur la fin du site web.

Ce classement raconte quelque chose que je constate aussi sur le terrain. Tous mes échanges des quinze derniers jours, clients, prospects, appels d’offres, disent la même chose : on laisse l’acculturation derrière nous. Fini le temps des ateliers de sensibilisation où l’on découvrait ChatGPT ensemble. Les organisations avancent à marche forcée vers le « change » : l’organisation, les process, les rôles. Et les appels d’offres IA que je vois passer se structurent autour de demandes d’outils concrets.
La saison qu’on referme raconte exactement cette bascule. On l’a ouverte en août 2025 sur des benchmarks de modèles. On la ferme sur des sujets de comité de direction : budgets, gouvernance, souveraineté, monétisation des contenus. Vous le verrez dans chacun des sujets ci-dessous.
Et puis il y a le signal du jour. Hier soir, Scott Galloway (professeur de marketing à la NYU Stern, serial entrepreneur, et l’une des voix les plus écoutées sur la tech et les marques) publiait « 1999.AI », sa comparaison entre la bulle IA et le pic dot-com. Les chiffres qu’il aligne piquent : OpenAI aurait perdu 21 milliards de dollars en 2025 selon des documents financiers ayant fuité ; pour chaque dollar dépensé par un abonné ChatGPT, l’entreprise en dépense près de trois ; et sa proposition de céder 5 % du capital à l’État américain est, selon Galloway, « a bailout cosplaying an investment opportunity » (un sauvetage déguisé en opportunité d’investissement). Son point le plus inquiétant : la concentration. Les 10 premières capitalisations du S&P 500 pèsent 43 % de l’indice.

Faut-il ranger nos agents et retourner à Excel ? Non. Galloway lui-même se dit aussi optimiste sur l’IA qu’il l’était sur Internet en 1999. En 2000, le krach a balayé les valorisations ; Internet, lui, a continué sa route. Sa conclusion mérite d’être méditée tout l’été. Chaque bulle crée de la richesse ; la vraie question est de savoir qui la garde. Pour la recherche, le social ou l’e-commerce, ce sont les actionnaires de Google, Meta et Amazon qui ont capté l’essentiel. Pour l’IA, Galloway parie sur le scénario du transport aérien ou du PC : une technologie qui transforme tout, mais dont les producteurs gagnent peu, parce que la valeur finit chez ceux qui l’utilisent. Les grands gagnants ne seraient pas les actionnaires des labos, mais les entreprises qui sauront s’en servir.
Dit autrement : à la rentrée, la question qui comptera, c’est « qui capte la valeur ». Le classement des modèles peut attendre.
Le RnD Café prend ses quartiers d’été. Retour le samedi 22 août pour le n°441, avec une synthèse de l’été et une formule revue pour la nouvelle saison. D’ici là, si le RnD Café vous a apporté de la valeur cette saison, offrez-nous 5 minutes : notre questionnaire lecteurs reste en ligne encore quelques jours, et il nourrit directement la version de la rentrée. Merci aux nombreux répondants déjà passés par là.
Bonne lecture, et bel été… et merci pour votre fidélité.
L’ENTREPRISE / Tesla, Uber, Microsoft : la fin du token à volonté
Il y a six mois, les grandes entreprises poussaient leurs équipes à tout faire à l’IA. Aujourd’hui, elles tirent le frein à main.
Gilles Guerraz a compilé les cas qui font froid dans le dos des directions financières : Tesla plafonne les dépenses IA de ses salariés à 200 $ par semaine depuis le 6 juillet, validation managériale au-delà. Uber a épuisé l’intégralité de son budget IA 2026 en quatre mois et limite désormais à 1 500 $ par mois par employé et par outil de coding agentique, dashboard de suivi à l’appui. Microsoft a coupé les licences Claude Code d’une grande partie de ses développeurs, qui préféraient pourtant l’outil à son propre Copilot. Et Amazon a supprimé son classement interne de consommation de tokens (les unités de texte facturées par les modèles) après avoir découvert que des salariés généraient des tâches inutiles pour améliorer leur score. Mesurez l’usage, vous obtiendrez de l’usage. La valeur, c’est une autre métrique.

Le marché a même trouvé son mot : après le « tokenmaxxing » (consommer un maximum), place au « valuemaxxing ». Pat Gelsinger, l’ex-patron d’Intel, confirme sur CNBC que la demande reste « presque illimitée » ; ce qui change, c’est l’exigence de preuve de valeur.
Je suis persuadé que nous aurons un automne sous le signe de la « Token Economy », ou, dit autrement, de la question du meilleur rendement d’un modèle au regard de l’effet attendu. Pas la peine de payer 5 à 10 fois plus cher pour le même résultat.
Le fond de l’affaire : vous venez d’embaucher un million de mauvais employés. C’est la thèse de George Sivulka dans a16z News : pour la première fois de l’histoire, l’humain coûte en moyenne moins cher que le logiciel, et nous avons donné à chaque salarié, même le moins performant, « un effectif et un budget illimités ». Son parallèle historique vaut le détour : en 1841, la collision de deux trains sur la Western Railroad avait forcé les compagnies ferroviaires à inventer le management moderne (hiérarchies, rôles écrits, lignes de reporting). L’IA recasse le système au même endroit : des agents partout, personne pour les manager. Sa réponse tient en trois mots : evals (tests de qualité systématiques), gouvernance, et minimisation des tokens.

Ce que vos prompts apprennent à votre fournisseur. Pendant que l’on compte nos tokens, Satya Nadella, le patron de Microsoft, soulève une autre question qui fâche : que deviennent les informations que nous confions aux modèles ?
Concrètement : quand vos équipes travaillent avec ChatGPT ou Claude, elles y déposent, prompt après prompt, la matière de votre entreprise. Le brief client. Le tableau de marges. La façon dont vous arbitrez. Vous, vous récupérez des réponses. Le fournisseur du modèle, lui, voit passer les usages de milliers d’entreprises comme la vôtre : il apprend votre secteur et vos pratiques mieux que personne, et c’est lui qui capitalise ce savoir.
Et ce n’est pas théorique : les labos descendent déjà dans les métiers. Cette semaine, Anthropic a lancé Ode, sa propre société de services montée avec les fonds Blackstone et Hellman & Friedman pour déployer l’IA chez les grands comptes. Il existe déjà des déclinaisons de Claude spécialisées dans le juridique et la finance. Et Microsoft a créé une filiale de conseil en déploiement dotée de 2,5 milliards de dollars. Celui qui connaît votre métier mieux que personne peut finir par l’opérer à votre place. On l’avait pas vu venir, celle-là… Vive l’Open Source ! Et on va beaucoup en parler à la rentrée, croyez-moi !
Mais les labos ont aussi senti que leurs clients voulaient reprendre le contrôle, et ils s’adaptent. Anthropic a livré des outils de pilotage : un tableau de bord d’usage (Reflect) et des plafonds de dépense par utilisateur dans Claude Enterprise, recensés dans le Big Récap #95 d’Emmanuel Vivier. Plus surprenant : Anthropic explique désormais publiquement comment dépenser moins… sur son propre modèle le plus cher. La recette : réserver Fable 5, le haut de gamme, au rôle de chef d’orchestre, et confier l’exécution des tâches à Sonnet 5, le modèle intermédiaire, qui ne rappelle le premier qu’en cas de besoin. Résultat mesuré : 92 % de la qualité pour 63 % du prix.
Et donc ?
- Budgétez : un plafond par employé et par outil, comme Uber, se met en place en une semaine et évite la facture surprise.
- Mesurez la valeur, pas le volume : bannissez les métriques de consommation (le leaderboard d’Amazon est un cas d’école de l’effet pervers).
- Architecturez malin : le modèle le plus cher en orchestrateur ou en conseil ponctuel, les modèles milieu de gamme en exécution.
- Posez la question souveraineté : qu’apprend votre fournisseur de vos usages, et qu’avez-vous contractualisé à ce sujet ?
LA PUISSANCE / Kimi K3, Inkling : l’open-weight recolle, et il parle chinois
Le 27 juillet, Moonshot AI, labo chinois, passera Kimi K3, son modèle à 2 800 milliards de paramètres, en « open weight » : ses poids, c’est-à-dire le fichier qui contient tout ce que le modèle a appris, seront téléchargeables par tous. Chacun pourra l’inspecter, l’héberger sur ses propres serveurs et l’adapter à son métier. Entre-temps, K3 a pris la première place du Frontend Code Arena, devant Claude Fable 5 et GPT-5.6 Sol, et se classe premier dans 6 des 7 domaines évalués. Un modèle open weight au niveau des modèles fermés les plus chers du marché, c’est le franchissement symbolique de l’année et c’est chinois.

Gardons la tête froide avec Ethan Mollick : sur un audit statistique de ses propres travaux académiques, K3 « s’est trompé de plusieurs façons ». Son conseil : benchmarkez sur VOS cas d’usage, les modèles ouverts ont des frontières de performance plus irrégulières que les modèles fermés. Et gardons aussi les pieds sur terre côté infrastructure, comme le glisse un commentateur du post : télécharger le fichier est à la portée de tous ; reste à pouvoir le faire tourner. Un modèle de cette taille pèse plusieurs téraoctets à charger en mémoire, quand une très bonne carte graphique grand public en embarque quelques dizaines de gigaoctets. Ouvert à tous, donc, à condition d’avoir un datacenter, ou de passer par une version hébergée (cloud).
Les entreprises n’ont pas attendu. Le Financial Times documente la bascule : DoorDash, Siemens et Airbnb utilisent déjà des modèles chinois, nettement moins chers et plus faciles à héberger sur leur propre infrastructure. Selon OpenRouter, DeepSeek et Z.ai ont dépassé leurs rivaux américains en tokens consommés cette année. Et le déclencheur n’est pas que le prix : depuis que Washington a imposé des contrôles à l’export sur les modèles d’Anthropic, les entreprises européennes ont découvert le risque de dépendre d’une technologie américaine. « L’éléphant dans la pièce », résume Eugene Cheah (Featherless AI) dans l’article. L’usage qui s’installe : les modèles chinois pour les tâches courantes, les modèles frontière pour le critique.
L’Amérique répond… en s’ouvrant. Thinking Machines, le labo de Mira Murati (ex-CTO d’OpenAI), a publié Inkling, son premier modèle : performant, efficace, et open-weight. Un choix stratégique inédit pour un labo américain de ce calibre, quand presque tout l’open-weight venait de Chine.
Même les usages créatifs s’y mettent. Andrew Adams a fait le test : même image de départ, même brief vidéo, trois modèles. K3 écrit des spécifications de caméra au centimètre, Fable 5 raconte une histoire (le fil qui se détricote devient une aile), Sol enchaîne les acrobaties spectaculaires (course sur un mur, salto devant l’objectif). Trois personnalités créatives distinctes : le choix du modèle devient un choix éditorial.

Mise en perspective. Pékin a compris l’arme d’influence : Xi Jinping vante désormais un contre-modèle chinois « ouvert et accessible » face aux États-Unis, tout en appelant à une coopération mondiale « centrée sur l’humain ». Pendant que, selon Reuters, le même Pékin envisage de restreindre l’accès étranger à ses modèles les plus avancés. Des deux côtés du Pacifique, l’ouverture se manie comme une arme commerciale et diplomatique, au gré des intérêts du moment.
Et donc ?
- Testez un modèle open-weight sur une tâche courante (résumé, extraction, classification) et comparez le coût réel à votre modèle actuel.
- Benchmarkez sur vos données, pas sur les classements : la leçon Mollick.
- Posez la question géopolitique dans vos appels d’offres : que se passe-t-il si votre fournisseur devient inaccessible pour cause de contrôle export, dans un sens ou dans l’autre ?
IA/USAGES : Les workers IA débarquent, et toute l’équipe se les partage
Un « worker IA », c’est un agent qu’on ne pilote plus prompt par prompt : il a un périmètre, des routines, des garde-fous, et il travaille pendant que vous faites autre chose.
Ça se passe aussi en France. Delos, la suite bureautique IA des frères de la Grand’rive vient d’ajouter les « AI Workers » à sa plateforme, et Thibaut de la Grand’rive annonce des milliers de workers créés en deux semaines : content management, prospection, réception, SEO, avec une promesse de recrutement en 3 minutes (choisir un profil, le paramétrer, le lâcher en autonomie).
Le récit le plus parlant vient de Manthan Patel : son équipe embauche « Viktor » pour la recherche de prospects, rien d’autre. Six semaines plus tard, neuf personnes lui ont délégué des morceaux de leur poste, parce qu’il a appris le contexte de l’équipe et le partage avec tous. La rupture est là : un seul employé numérique partagé par toute l’équipe, là où chacun avait jusqu’ici son copilote individuel. Un client revendique 133 752 $ de revenu récurrent additionnel en 30 jours ; chiffre du vendeur, à prendre comme tel, mais la mécanique décrite est crédible.
Encore faut-il que votre agent ne tourne pas sur un ordinateur que votre fils débranche pour recharger sa console… Poke @Mathieu Crucq.
Le mot de la rentrée : les « loops ». On vous en parlait dès le n°435 : le responsable de Claude Code ne prompte plus, il conçoit des boucles. Un mois plus tard, le terme s’est installé, et Louis Graffeuil en donne la grille de lecture, à partir de la phrase de Boris Cherny, le créateur de Claude Code : « My job is to write loops » (mon travail, c’est d’écrire des boucles). Une boucle, c’est un système qui répond à deux questions à votre place : qu’est-ce qui déclenche le travail, et qui décide qu’il est terminé. Graffeuil en distingue quatre, du plus surveillé au plus autonome :
- La boucle supervisée (turn-based) : vous demandez, l’agent produit, vous relisez, vous ajustez. C’est l’usage classique de ChatGPT ou Claude. À garder tant que le besoin est encore flou.
- La boucle à objectif (goal-based) : vous fixez un critère de réussite mesurable, et un contrôleur automatique renvoie l’agent au travail tant que le critère n’est pas atteint. Vous ne relisez que le résultat final.
- La boucle programmée (time-based) : la tâche se relance toute seule à heure fixe, comme la veille concurrentielle du lundi matin ou le reporting du vendredi, même ordinateur éteint.
- La boucle événementielle (proactive) : un événement déclenche le travail, sans personne devant l’écran. Un email arrive, l’agent le trie et prépare la réponse.
Le jour où vous savez dire ce qui déclenche une tâche et ce qui la valide sans vous mettre dans le circuit, elle est prête à être déléguée.

Pourquoi ça plante quand ça plante. Steve Nouri relaie l’analyse des ingénieurs de MongoDB : le modèle n’est presque jamais le problème. Ce qui tue les projets d’agents en production, c’est l’infrastructure autour : mémoire, orchestration, sécurité, monitoring et budgets de tokens pensés après coup au lieu d’être conçus dès le départ. Traitez vos agents comme du logiciel d’entreprise, avec les revues de sécurité et le monitoring qui vont avec.
Et pendant ce temps, OpenAI copie la copie. Raphaël Richard décortique le rattrapage : avec ChatGPT Work, Codex et des skills importables (y compris depuis Claude), « on peut avoir tous les avantages de Claude dans ChatGPT ». Jérémy Lacoste note au passage la fermeture d’Atlas, le navigateur qui devait tuer Chrome, remplacé par trois produits calqués sur l’offre d’Anthropic. Pour vous, c’est une bonne nouvelle : la guerre des plateformes de travail tire les prix vers le bas et les fonctionnalités vers le haut. Mais… on reste dépendant (vous m’avez compris).
MARKETING : Le web se referme, le GEO s’organise
C’est le paradoxe de l’été. D’un côté, Google signe son mois record : 87,5 milliards de visites, AI Mode à 1 milliard d’utilisateurs, AI Overviews à 2,5 milliards, et 95 % des utilisateurs de ChatGPT qui continuent d’utiliser Google. Jérémy Lacoste a raison : la mort de Google n’existe que dans notre microcosme.

De l’autre, les données de Searchable montrent que ranker premier sur Google convertit à peine 5 % des clics, contre environ 30 % il y a peu, et que 93 % des recherches commerciales à forte intention déclenchent désormais un AI Overview, ce résumé généré par l’IA que Google affiche au-dessus des résultats et qui répond à la place des sites. C’était l’objet d’un de vos numéros préférés, le n°407 : « Et si vos clients n’allaient plus jamais sur votre site ? ». En clair : Google va très bien, c’est votre trafic qui va mal. La visite n’arrive plus, la réponse se consomme sur place.

Les éditeurs passent à l’offensive. Pour comprendre ce qui se joue, un mot sur les « crawlers » : ce sont les robots qui parcourent le web pour lire les pages. Celui de Google fait d’une pierre deux coups : il référence votre site dans le moteur de recherche ET nourrit l’IA de Google au passage, en une seule visite. Impossible de refuser l’un sans perdre l’autre. C’est ce verrou qui est en train de sauter.
Karine Abbou résume l’impensable : des grands médias se préparent à sortir volontairement de Google Search. USA Today se dit prêt à se retirer du moteur sous 6 à 12 mois. Pourquoi ce qui aurait semblé suicidaire il y a cinq ans devient jouable ? Parce que le groupe a signé des accords de licence (l’IA paie pour utiliser ses contenus) avec Meta, Microsoft et Amazon. Avec Google : aucun. Menacer de priver Google de son contenu, c’est le pousser à passer à la caisse comme les autres. Comme l’écrit Karine : c’est davantage une négociation qu’un exode.
L’arme lourde arrive en soutien. Cloudflare, l’intermédiaire technique par lequel transite environ 20 % du web mondial, bloquera par défaut ces robots multi-usages à partir du 15 septembre sur les sites financés par la publicité. Et il vient de lancer Monetization Gateway, un péage : un robot IA qui veut lire une page paie le site au passage. L’enjeu est massif : plus de la moitié du trafic mondial est déjà robotique, et les requêtes d’agents IA ont bondi de 1 700 % en un an.
Un bémol pour garder la tête froide : Cloudflare propose aussi une simple déclaration d’intentions, un fichier technique où le site demande poliment aux robots de ne pas s’entraîner sur ses contenus. John Mueller (Google) confirme que Google l’ignore purement et simplement. Traduction : face aux géants, seuls le blocage et le péage pèsent.
Le lecteur aussi a déménagé. Le Reuters Institute Digital News Report 2026, relayé par Marie-Doha Besancenot, acte un basculement historique : réseaux sociaux et plateformes vidéo (54 %) dépassent pour la première fois les sites d’information (51 %) et la télévision (52 %) comme porte d’entrée vers l’actualité. La confiance tombe à 37 %, son plus bas depuis 2015.

Bruxelles rebat les cartes. La Commission européenne exige que Google ouvre Android aux assistants IA rivaux et partage ses données de recherche au titre du DMA (Digital Markets Act, le règlement européen sur les marchés numériques). Et le 2 août, l’obligation de marquage des contenus générés par IA entre en vigueur dans l’UE, rappelle l’avocate Betty Jeulin : marques et agences sont en première ligne.
La boîte à outils GEO de la semaine (GEO : Generative Engine Optimization, être visible dans les réponses des IA).
- LinkedIn publie son guide officiel pour maximiser la visibilité de vos posts dans les IA (phrase d’ouverture propre car elle forme le slug de l’URL, pas de hashtags, 200 à 300 mots)
- l’expérience Ahrefs sur 4 mois montre que le contenu auto-promotionnel peut faire citer votre page par l’IA… qui recommande ensuite un concurrent
- Similarweb théorise le « GEO moat » : la donnée originale et la recherche propriétaire sont ce que les IA citent le plus volontiers
- et Salt a analysé les métadonnées de ChatGPT : dans la session étudiée, un tiers des requêtes voyage sont répondues depuis les données d’entraînement, sans recherche web.
- Pendant ce temps, ChatGPT Ads déploie le ciblage par listes clients et propose même de générer les annonces à votre place.
Et donc ?
- Investissez dans la donnée originale (études, chiffres propriétaires, cas documentés) : c’est le nouvel actif citable par les IA.
- Appliquez le guide LinkedIn dès votre prochain post : premier test GEO gratuit et immédiat.
- Préparez le 2 août : inventoriez vos contenus générés ou retouchés par IA et votre process de marquage.
BRÈVES ET SIGNAUX FAIBLES
Souveraineté & confiance
LaSuite.coop : la coopérative ouvre son sociétariat pour bâtir une alternative libre à Google et Microsoft, avec un film de lancement bien senti où l’on croise David Chavalarias (CNRS) et Jean Cattan (ex-CNNum). Et donc ? Une brique de plus dans la construction d’un numérique européen qui ne soit pas qu’un discours.
Les IA françaises, la liste du 14 juillet : Jean Briac Coadou a compilé les outils souverains par usage : Mistral AI, Brevo, Noota, Dust, Kyutai, Albert (l’IA de l’État), LightOn… Et donc ? À garder sous le coude pour vos appels d’offres où la souveraineté pèse.
Turla, nommé et attribué : la France dénonce officiellement les cyberattaques du groupe Turla, opéré par le 16e Centre du FSB russe : ministère des Armées visé depuis 2017, ambassade de France à Moscou en 2018, et de nombreuses victimes intermédiaires (PME, associations) dont l’infrastructure sert de relais, annonce Vincent Strubel (ANSSI). Et donc ? Vos systèmes peuvent être un maillon d’une attaque qui ne vous vise pas.
Se former (gratuitement) cet été
Claude Code pour les gens normaux : Nate Herk publie un cours gratuit de 6 heures, pensé pour les débutants sans bagage technique, de zéro jusqu’à ses premiers agents. Et donc ? Le niveau d’entrée baisse encore : la barrière restante est organisationnelle, décider qui délègue quoi, avec quels garde-fous.
Certifié Claude en 6 heures : Ruben Hassid a rédigé le mode d’emploi des trois certificats officiels (et gratuits) d’Anthropic, détecteur de faux inclus. Et donc ? Un signal RH vérifiable à faire passer à vos équipes avant la rentrée.
Les Heures Claires : coup de coeur pour ce magazine mensuel indépendant qui raconte l’IA sous trois angles : le créatif pour s’inspirer, la technique pour comprendre, l’humour pour prendre du recul. Et donc ? De la lecture d’été intelligente, ça tombe bien.
Outils
NotebookLM devient Gemini Notebook : Google a rebaptisé son outil de recherche documentaire le 16 juillet, en lui ajoutant l’exécution de code et un ordinateur cloud sécurisé par notebook. C’est l’outil qui fabrique chaque semaine vos formats « 5 minutes », il fallait bien qu’on vous le dise. Et donc ? La consolidation dans l’écosystème Gemini continue : vérifiez ce que deviennent vos notebooks partagés.

Régulation & société
« We Must Act Now » : plus de 200 économistes, dont 15 prix Nobel, signent un appel demandant aux gouvernements d’orienter l’IA vers un bénéfice collectif. Et donc ? L’idée d’un fonds souverain alimenté par le capital des labos gagne du terrain, jusque chez Bernie Sanders.
Le pixel espion dans le viseur de la CNIL : Laura Bokobza consacre sa newsletter « Le Comment du Pourquoi » au tour de vis de la CNIL sur le pixel de suivi d’ouverture des emails, qui exige désormais un consentement. RnD Café utilise l’outillage standard de Brevo, dites-nous ce que vous en pensez via le lien de mise à jour de vos préférences, tout en bas de cette page. Et donc ? Vos taux d’ouverture de 2027 ne ressembleront pas à ceux de 2026, anticipez la bascule vers les clics et les réponses.
Insolite (mais pas tant que ça)
L’homme qui frappait les Waymo : la vidéo virale de la semaine, un passant démolissant une voiture autonome en plein Los Angeles. Et donc ? L’acceptabilité sociale des machines autonomes reste le paramètre que personne ne benchmark. Ou est-ce un cas isolé ?
Ghost Font : un développeur a créé une police lisible par les humains mais pas par les modèles d’IA, 17 millions de vues. Et donc ? Le anti-IA devient une catégorie de produits à part entière.

Haaland n’a pas eu peur de son reflet : la vidéo du footballeur effrayé par son miroir était très probablement générée par IA, 13 millions de vues avant le débunk. Et donc ? Rappel à 3 semaines de l’entrée en vigueur du marquage obligatoire : générer une fausse vidéo est devenu trivial ; le vrai sujet, c’est ce que des millions de spectateurs sont prêts à croire.
Rendez-vous le 22 août
Le RnD Café prend ses quartiers d’été. Retour le samedi 22 août pour le n°441, avec une synthèse de l’été et une formule revue pour la nouvelle saison.
D’ici là, si le RnD Café vous a apporté de la valeur cette saison, offrez-nous 5 minutes : notre questionnaire lecteurs reste en ligne encore quelques jours, et il nourrit directement la version de la rentrée. Merci aux nombreux répondants déjà passés par là.
☕ Un café en vrai ?
Trois questions pour prolonger ce numéro :
Trois questions qui méritent un vrai échange autour d’un café :
- Votre facture IA 2026 est-elle pilotée par la valeur produite ou par la consommation constatée ?
- Sauriez-vous dire aujourd’hui ce que votre marque raconte dans les réponses de ChatGPT, Claude ou Gemini ?
- Et si vous recrutiez un worker IA en septembre, quelle serait sa fiche de poste ?
Autant de sujets que nous aimons explorer chez RnD.
Pourquoi ne pas en parler autour d’un café (virtuel ou réel) ? Bel été à tous, et à la rentrée !
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