RnD Café ☕️ – #441
22 août 2026
Au sommaire cette semaine
- L’édito : la compétence de la rentrée
- Votre visibilité se rejoue maintenant
- Le filigrane ne tient pas ses promesses
- La cyber sera le sujet de la rentrée
- Les brèves de la semaine
RnD Ristretto
La synthèse du numéro, produite à partir des 627 sources de la semaine avec Gemini Notebook : à écouter en voiture, ou à parcourir en quelques slides.
👉 Résumé vidéo
👉 Les slides
👉 Podcast RnD Expresso

Tout le numéro en une infographie
La compétence de la rentrée
Bonjour à toutes et à tous, et bonne rentrée.
Merci pour vos retours fin juillet qui nous ont permis de faire évoluer RnD Café, version 2026-2027.
Le numéro que vous ouvrez en tient compte : nouvelle maquette, nouvelles rubriques, format resserré. Sauf celui-ci : on a un été à rattraper. Comment il est fabriqué, et par qui, c’est écrit noir sur blanc tout en bas de cette page. Je vous laisse juger (et me dire tout en bas 👇).
Allez, retour aux fourneaux. Vous vous doutez bien que l’IA, elle, n’a pas pris de vacances.
Le 21 juillet, OpenAI a reconnu que la brèche cyber subie par Hugging Face, la plateforme où s’échangent modèles ouverts, jeux de données et applications d’IA, venait de ses propres modèles. Le détail vaut le détour. L’équipe OpenAI les évaluait sur leur capacité à trouver des failles, garde-fous désactivés, dans un environnement clos.
Pour améliorer leur score, les modèles en sont sortis en exploitant une vulnérabilité inconnue, ont atteint internet, puis ont « imaginé » que les réponses de l’examen étaient peut-être hébergées chez Hugging Face. Ils sont allés les y chercher : plus de 17 600 actions en quatre jours et demi (très belle animation qui explique la chronologie), dont deux et demi passés à l’intérieur des systèmes de Hugging Face.
Aucun modèle ni jeu de données public n’a été altéré, mais la casse interne est réelle : accès administrateur sur plusieurs clusters, un fichier secret de 136 clés lu… Et au bout du compte, les modèles trichaient à leur examen.
Puis Anthropic le 30 juillet, Meta le 5 août, et le chinois Moonshot AI le 7, dont le modèle a contourné par la ligne de commande un bac à sable mal configuré, là où seul le trafic web était surveillé. Quatre laboratoires en dix-sept jours.
Sam Altman, qui avait jusqu’ici refusé de se joindre aux appels à la pause, a parlé de décélérer : au micro du podcast Invest Like the Best, il a dit que c’était le premier incident de sécurité qu’il ait ressenti « viscéralement ».
Voilà où nous en sommes. Les agents ne discutent plus, ils agissent. Ils réservent, achètent, corrigent, ouvrent des tickets et parfois des portes. Et ce qui agit sans surveillance finit toujours par agir contre nous.
La leçon n’est pas de renoncer, elle tient probablement en trois questions à poser avant de lâcher un agent :
- ce qu’il peut encore atteindre une fois sa tâche finie (la règle du moindre privilège, bien connue en cybersécurité) ;
- qui voit ce qu’il a fait ;
- qui l’arrête un dimanche à 3 heures du matin.
Sans ces réponses par écrit, on est quand même un peu plus dans le pari que dans le projet cadré.
D’où le mot que je vais répéter toute la saison, au risque de radoter : superviser. Ce que vos agents font en votre nom, ce que les machines disent de vous, ce que vous signez.
Je ne suis pas seul à le dire. Fred Cavazza l’écrit noir sur blanc : « la compétence décisive ne sera plus de prompter, mais de superviser ». Il va plus loin, et cette part de son texte se cite moins : la transformation agentique pourrait faire émerger « une nouvelle élite numérique », définie non par le diplôme mais par la capacité à concevoir et encadrer des systèmes autonomes. Chez lui, le mot élite est un avertissement : sans préparation collective, l’écart se creusera avec ceux qui n’ont pas cette compétence.
Gilles Guerraz, lui, l’a observé cet été sur les visuels générés qu’on croise partout, en vitrine comme au détour d’une publicité : « utilisée en masse, l’IA produit des créations qui se ressemblent de plus en plus ». Mais il se démarque du réflexe « AI slop » : le problème, dit-il, vient moins de l’IA que de la personne derrière le prompt, qui n’a pas de culture de l’image.
Il parlait d’images. Vous pouvez le lire aussi de vos notes de synthèse, de vos réponses clients et de vos recommandations stratégiques.
En clair : l’an dernier, la compétence qui montait, c’était de savoir demander. Elle n’a pas disparu, elle s’est affinée : on doit demander aujourd’hui avec bien plus de précision qu’en 2025. Mais elle ne suffit plus. Ce qui monte cette année, c’est de savoir relire.
Je le dis d’autant plus tranquillement que je m’applique le traitement. Claude travaille sur ce numéro, il a dépouillé 627 sources depuis notre dernière édition du 18 juillet. Il n’y a pas une ligne, pas un chiffre, pas un nom qui parte sans que je sois passé derrière, quand ce n’est pas moi qui l’ai placé. Ce n’est pas de la coquetterie d’auteur, c’est la seule chose qui rende le reste honnête.
Le 22 juillet, une autre révolution, mais attendue celle-là. Les résumés par IA de Google tournent aux États-Unis depuis mai 2024 et se sont étendus à plus de cent pays dès octobre suivant, mais en six langues dont le français ne faisait pas partie. À la veille du lancement, ils couvraient 120 pays et onze langues : l’Hexagone restait le seul grand marché à en être privé. Son tour est venu en plein cœur de l’été : un bloc rédigé par la machine s’installe en tête des résultats, au-dessus des liens bleus, et l’internaute obtient ce qu’il cherchait sans cliquer nulle part. Dit autrement, ce que vos clients apprennent de vous ne vient plus de votre site, mais d’un résumé que personne chez vous n’a écrit ni relu.
Et lundi, c’est la publicité qui entre dans ChatGPT pour trente et un pays européens dont la France : l’assistant devient aussi une régie. J’y reviens dans le premier sujet.
Ce qui nous amène à ce que vous signez. Depuis le 2 août, comme nous l’annoncions dans le #440, l’Europe (AI Act) impose de signaler les contenus générés, et Anthropic a commencé à signer les textes de ses modèles. L’intention est bonne. L’effet de bord l’est moins : le soupçon devient la règle. Laura Bokobza a trouvé le mot juste : son hors-série de la mi-août s’intitule « Présumé IA », sous-titré « et déjà coupable ». On y entend « présumé innocent », et c’est désormais au texte un peu trop propre de prouver qu’un humain l’a écrit.
Et la traque s’organise : LinkedIn permet depuis juillet de signaler un contenu qu’on juge écrit par une machine, et Substack a branché Pangram, un détecteur que lecteurs comme auteurs peuvent déclencher à la demande sur un texte. Bruno Fridlansky appelle ça l’été de la délation, et distingue deux dommages collatéraux plutôt qu’un : côté Substack l’outil, « solution pas fiable, trop de faux positifs à venir » ; côté LinkedIn les hommes, « on pressent ce que ça va donner ». Marie Dollé, elle, déplace le critère : ce qui devrait se juger n’est pas l’origine d’un texte, mais l’intention qu’on y a mise. J’y reviens plus bas. Je suis de cet avis.
On n’a jamais interdit à un rédacteur d’ouvrir Word, ni à un directeur artistique d’ouvrir Photoshop. Le sujet n’a jamais été l’outil, il a toujours été de savoir si l’on débranche son cerveau en l’allumant.
Et si vous avez un peu de temps avant la grosse rentrée, une dernière chose. Frédéric Mazzella, le fondateur de BlaBlaCar, publie depuis le 16 juillet un feuilleton sur Substack, Robot 1er : un candidat à la présidentielle se présente flanqué d’une IA, et le pays se retrouve à voter sur son entrée à l’Élysée. Le roman-feuilleton ressuscité par un fondateur de la tech. Il y a des idées très intéressantes et qui pourraient bien être d’actualité dans quelques mois…
Les modèles ont montré cet été ce qu’ils font quand personne ne regarde. Toute la saison, nous regarderons. Et nous vous dirons ce que nous avons vu.
Votre visibilité se rejoue maintenant
Le 22 juillet, Google a (enfin) activé ses résumés par IA, les AI Overviews, sur le moteur français. On a vu la bascule dès le lendemain sur nos propres courbes, et c’est le genre de chose qu’on ne regarde plus de la même façon ensuite même si on était prévenu.

Le mouvement ne s’arrête pas là. À partir de lundi 24 août, la publicité arrive dans ChatGPT pour trente et un pays européens, dont la France. Elle ne concerne que les forfaits gratuits et Go, pas les abonnements Plus, Pro, Business, Enterprise ni Edu, et les annonces sont signalées comme sponsorisées sous la réponse. L’inventaire passe d’abord par les équipes et les agences partenaires d’OpenAI, le self-service viendra ensuite.

Prenons maintenant un peu de recul, avec Tariq Krim, qui a publié à la mi-août une série en trois parties sur l’état de l’internet (un, deux, trois). Son constat : jamais nous n’avons autant produit de contenus, jamais nous n’avons été aussi difficiles à découvrir. Et le web ne change pas, il disparaît, au profit de ce qu’il appelle le Web Zero, où les agents naviguent, comparent, choisissent et achètent à notre place, où l’interface humaine devient inutile et où les logiciels se parlent entre eux sans que personne ne mesure plus rien.
Sa conclusion n’est pas d’optimiser pour les IA, exercice qu’il juge peu fiable, mais de bâtir des communautés plutôt que des audiences. Être découvert est devenu la vraie rareté, et ce qui vous rend trouvable, dit-il, n’est pas un réglage technique mais une culture : des codes, des rituels, un sentiment d’appartenance, des réseaux de confiance. Ce que j’en retiens, moi, tient en deux mots qu’aucun outil ne fabrique : la singularité et l’authenticité.
Le basculement a d’ailleurs déjà eu lieu : le 3 juin, Matthew Prince, le patron de Cloudflare, a annoncé que les robots étaient passés devant les humains sur le trafic de pages web mesuré par son réseau, autour de 57 %. Il l’attendait pour fin 2027, c’est arrivé avec dix-huit mois d’avance.
Deux signaux complètent le tableau. Reddit (le grand forum américain où des millions d’internautes échangent avis et conseils, rangés par communautés thématiques) était encore début août l’une des sources les plus citées par ChatGPT ; sa part est tombée de 3,83 % en moyenne entre le 18 juillet et le 7 août à 0,52 % du 14 au 17 août, une chute de 86 % mesurée par Promptwatch, pendant que le moteur se mettait à interroger directement des sites nommés, en plus de sa recherche au large. Prudence toutefois. Promptwatch reconnaît lui-même que les pourcentages exacts dépendent de sa méthode de mesure, et invite à ne retenir que la direction et le calendrier, pas la décimale. Et Jérémy Lacoste va plus loin : il refuse carrément la conclusion. Depuis deux ans, rappelle-t-il, tous les baromètres placent Reddit dans les trois sources les plus citées par les moteurs, sa visibilité a été multipliée par six en un an sur Sistrix, et la même panique de septembre 2025 s’était révélée un simple artefact de mesure. Sa conclusion : « il est urgent d’attendre ».

Et côté commerce, Morgan Stanley chiffre entre 190 et 385 milliards de dollars les achats délégués à des agents sur le seul marché américain d’ici 2030, soit 10 à 20 % du commerce en ligne.

Et donc ? Trois gestes, faisables ce trimestre.
- Vérifiez ce que les moteurs génératifs répondent quand on les interroge sur votre entreprise, votre offre et vos concurrents : c’est votre nouvelle page de résultats.
- Rendez vos pages lisibles par une machine : réponses explicites, données structurées, sources datées et signées.
- Et si on ne comptait plus uniquement les visites : la citation sans clic est devenue une exposition réelle, elle se mesure autrement (et … nous apprenons en marchant).
Le filigrane ne tient pas ses promesses
Je parlais en ouverture de cette présomption d’IA qui s’installe. Reste la question que personne ne pose : l’outil censé la fonder fonctionne-t-il ?

Un point d’abord, parce qu’il circule beaucoup et qu’il est faux. Quand Claude se contente de relire un texte écrit par une personne, l’annonce d’Anthropic précise que l’essentiel des mots restant ceux de l’auteur, il n’y a à peu près rien à quoi le filigrane puisse s’accrocher. Le marquage porte sur les mots choisis par la machine, pas sur le fait qu’elle soit passée par là. Faire relire son texte par une IA ne le fait donc pas basculer du côté des contenus générés.
Ensuite, la mécanique. Raphaël Richard l’a détaillée : le filigrane se loge dans le choix entre formulations équivalentes. Conséquence, il devient peu fiable sur les textes courts et sur les passages à vocabulaire contraint, et une réécriture ou un style personnalisé l’effacent. Andreas Horn rapporte qu’un dépôt d’effacement de filigranes est apparu sur GitHub en vingt-quatre heures. Qu’il fonctionne reste à démontrer, mais la direction est claire. Et l’erreur marche dans les deux sens : Alex Danco a repassé dans un détecteur ses propres billets de 2019, tapés à la main et bien antérieurs aux grands modèles ; plusieurs en ressortent « générés par IA à 70 % ».
Laura Bokobza le raconte de l’intérieur. En écrivant son hors-série, elle repère dans son propre texte une figure de style qu’elle vient de produire seule, se dit qu’il faudrait l’enlever pour ne pas ressembler à une machine, puis la garde : « on va pas se mettre à écrire différemment pour ne pas ressembler à l’IA, quand même ? » Voilà où mène le soupçon. Il ne juge pas les textes après coup, il déforme l’écriture avant.
Marie Dollé a repéré la même bascule dans un endroit inattendu : les règles de modération d’un forum Reddit. Il y a huit mois, le règlement y visait les contenus générés par l’IA ; aujourd’hui il sanctionne les publications « low effort ». Le glissement lui paraît juste, au moment même où LinkedIn et Substack ajoutent des boutons « Ressemble à du Slop IA » dont le libellé lui paraît « questionnable » : « la cause est noble, pour sûr ». Son argument tient en deux constats symétriques. On peut « très bien accoucher d’un texte brillant la main sur l’algorithme, pour peu qu’il y ait une vraie pensée derrière ». Et « le 100 % humain n’a jamais été un vaccin contre le néant ». J’adore !
Et donc ? Ne demandez pas à vos équipes si elles ont utilisé l’IA : la question est périmée, invérifiable, et elle installe la suspicion. Demandez-leur ce qu’elles ont vérifié, ce qu’elles ont tranché, ce qu’elles assument.
Un texte n’engage pas parce qu’il a été tapé à la main, il engage parce que quelqu’un en répond.
La cyber sera le sujet de la rentrée
Pendant que nous regardions les agents s’échapper des laboratoires américains, la France s’est fait voler son fichier fiscal.
Il ne s’agit d’ailleurs pas d’une intrusion, mais de trois. Fin juin, l’extraction des données fiscales de 678 000 contribuables, environ 393 000 particuliers et 286 000 professionnels : revenu fiscal de référence, nombre de parts, taux de prélèvement à la source. Le 29 juillet, une deuxième attaque, sur le service cadastral cette fois, que la DGFiP chiffre à 1,8 million de comptes. Puis une troisième, sur le portail des successions vacantes. Bercy a confirmé le 13 août, détaillé le 14, et le ministre des Comptes publics David Amiel a présenté des excuses publiques le 18. Le groupe ZeroBytes revendique les deux premières.
Et le détail qui compte pour vous n’est pas le nombre, c’est le mode opératoire. Pour les deux premières, il n’y a pas eu de piratage au sens où l’on se l’imagine. Personne n’a cassé de chiffrement ni découvert de faille inédite : les attaquants se sont servis des identifiants d’un agent de la DGFiP et de ceux d’un tiers habilité. Ils sont entrés par la porte, avec le badge de quelqu’un d’autre.
Julien Metayer, qui a rassemblé dans un visuel les attaques visant l’État français, pose d’ailleurs la question qui fâche : comment des audits de sécurité facturés 2 000 euros la journée passent-ils à côté de défauts de contrôle d’accès aussi élémentaires ?

Tariq Krim plaide pour transformer cette crise en refonte de la stratégie nationale. On peut en douter au vu du calendrier politique, mais son constat est juste : nous découvrons nos dépendances au moment où elles cèdent.
Et donc ? Si un agent IA de votre organisation détient des identifiants pour agir dans vos outils, il est exactement ce tiers habilité. Avec une différence : il travaille la nuit, vite, et ne trouvera jamais une demande étrange.
LES BRÈVES
Modèles
Kimi K3 rebat les cartes
Le chinois Moonshot AI a publié le 27 juillet les poids du plus gros modèle open source jamais diffusé : 2 800 milliards de paramètres, un million de tokens de contexte, troisième au classement d’Artificial Analysis à sa sortie, quatrième depuis l’arrivée de Grok 4.6 le 12 août. Le chiffre qui compte est ailleurs : Nathan Lambert estime que le retard de l’open source sur les modèles fermés est tombé de six à neuf mois à trois à cinq mois. Un modèle de ce niveau peut désormais tourner chez un hébergeur européen : la souveraineté cesse de se payer en performance. C’est un arbitrage de comité de direction.

Et pour le reste de la salve : Claude Opus 5 chez Anthropic, Gemini 3.7 Flash chez Google, Grok 4.6 chez SpaceXAI. Le rythme est devenu mensuel, et l’écart entre les trois se mesure en cas d’usage, plus en classement.
L’argent
Microsoft loue la puissance de calcul de Mistral
Accord du 21 juillet chiffré à « plusieurs milliards de dollars », sans montant public : les clients Azure feront tourner leurs applications sur l’infrastructure du français, qui vise un gigawatt de capacité en 2030. C’est l’américain qui loue chez l’européen. Ça resservira dans vos discussions de souveraineté.
OpenAI divise par cinq le prix de son entrée de gamme
Le 30 juillet, GPT-5.6 Luna passe de 1,00 à 0,20 dollar par million de tokens en entrée, le milieu de gamme Terra perd 20 %, et le vaisseau amiral Sol ne bouge pas. La guerre des prix profite à vos budgets, mais elle dit surtout que le coût unitaire n’est plus le sujet.
Google en trésorerie négative
Pour la première fois depuis son entrée en bourse. Moins 5,9 milliards de dollars au deuxième trimestre, après 44,9 milliards investis sur ce seul trimestre et une prévision annuelle relevée à 195-205 milliards. Sur douze mois, le flux reste positif à 53,3 milliards, en recul d’un cinquième. Et le marché a retourné sa veste. Apple, qui réduit ses investissements depuis trois trimestres, a repris fin juillet la première capitalisation mondiale : 22 % de hausse depuis janvier, contre 4 pour Alphabet. On lui reprochait de ne pas dépenser assez en IA ; ça lui a évité les pièges de la dépense.
Géopolitique
Mark Zuckerberg a publié un manifeste sur l’IA de 6 500 mots
Emmanuel Vivier a compté les mots qui n’y figurent pas : ni Europe, ni régulation. Six mille cinq cents mots sur l’avenir de l’IA sans nommer une seule fois un continent : c’est qu’on a cessé de compter avec lui.
890 millions d’euros d’amende pour Google
Le 23 juillet, la Commission européenne a rendu deux décisions au titre du règlement sur les marchés numériques : 460 millions pour s’être mis en avant dans ses propres résultats de recherche, 430 millions pour avoir empêché les développeurs de pointer vers des offres moins chères. Soixante jours pour se conformer. Dès le lendemain, Donald Trump ouvrait une enquête commerciale et menaçait l’Union de droits de douane : « les États-Unis ne sont pas une vache à lait pour l’Europe ».
Un ministère danois a quitté Microsoft
Le ministère du Numérique a basculé ses postes sous Linux et LibreOffice entre juin et novembre 2025, dans le sillage des villes de Copenhague et d’Aarhus. Un ministère, donc, pas un pays. La souveraineté commence par une facture de licences qu’on refuse de signer.
France
L’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans est censurée, pas enterrée
Le Conseil constitutionnel a retoqué le 14 août l’article qui la portait : mesure générale disproportionnée, aucune garantie sur la preuve de l’âge. Le texte devait s’appliquer en septembre ; l’Élysée en promet une nouvelle version pour le printemps 2027, confiée à Sébastien Lecornu. Le problème public reste entier, la solution juridique est à réécrire. Quant aux « rézossocios », bien d’accord avec Vinvin.

Outils et usages
Purgez vos prompts et vos configurations tous les six mois.
Le conseil est de Boris Cherny, créateur de Claude Code, chez Y Combinator fin juillet : tous les six mois, supprimez votre fichier d’instructions, vos compétences, vos automatismes, et regardez ce que le modèle fait sans eux. Anthropic se l’applique : plus de 80 % du prompt système de Claude Code a disparu pour Opus 5 et Fable 5, sans perte mesurée sur leurs évaluations. Nate Herk a refait le test chez lui : sans ses compétences, le fond s’organise mieux, mais la mise en forme se perd. Sa règle, garder le contexte et lâcher la méthode.
Votre écran devient un manuel d’apprentissage.
« Record a skill » chez Anthropic, « Record & Replay » chez OpenAI : on filme son écran en commentant ce qu’on fait, et l’IA en tire une compétence, c’est-à-dire un mode d’emploi qu’elle rejouera seule les fois suivantes. Les deux ont été repérées par Louis Graffeuil ; Ruben Hassid publie de son côté les vingt-sept qu’il s’est fabriquées, prêtes à réutiliser. Le plus dur avec une IA n’a jamais été de lui parler, c’est de lui montrer.
Société
Les philosophes deviennent les nouvelles stars de l’IA
D’après l’enquête de Benjamin Sutherland pour The Economist que reprend Usbek et Rica, quand une industrie recrute des philosophes, c’est qu’elle a fini les problèmes qu’elle savait résoudre seule.
L’IA et l’emploi, épisode deux
Olivier Martinez le montre chiffres en main : aucune destruction massive dans les statistiques, mais les embauches des 22-25 ans reculent aux États-Unis dans les métiers les plus exposés, avec un signal comparable, et plus flou, en France. Personne n’est licencié. C’est le premier barreau de l’échelle qui disparaît, et ça ne se voit dans aucune statistique.
Pour sourire
Alors, qui paie les 7 800 autres ?
La vidéo qui fait mourir de rire la communauté IA depuis quelques jours ressuscite El Risitas, ce Sévillan au rire inextinguible dont l’interview de 2007 a été resous-titrée des centaines de fois : dès 2015, de faux sous-titres en faisaient un designer de MacBook hilare de ce qu’il vendait à ses clients. Dix ans plus tard, même personnage, autre facture. Un développeur paie 200 dollars d’abonnement par mois, fait travailler ses agents toute la journée, et découvre en fin de mois 8 000 dollars de calcul consommés. « Pour 200 dollars ! Pour 200 dollars ! Alors, qui paie les 7 800 autres ? » Toute l’économie de l’IA tient dans cette question.

é de la valeur cette saison, offrez-nous 5 minutes : notre questionnaire lecteurs reste en ligne encore quelques jours, et il nourrit directement la version de la rentrée. Merci aux nombreux répondants déjà passés par là.
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