RnD Café ☕️ – #418

17 janvier 2026

Au sommaire cette semaine

  • Le Web Agentique remplace nos conversations par des actions
  • Google et Apple s’allient pour verrouiller le commerce IA
  • Anthropic lance l’offensive opérationnelle avec Code et Cowork
  • La France numérique 2026 : mobile, passive mais dopée à l’IA

👉 Les synthèses de cette édition sont toujours à écouter et à voir avec NotebookLM.

Rnd café podcast 418
Rnd café synthèse 418

Fin de Conversation

Bonjour à toutes et à tous

La semaine dernière, nous avons beaucoup parlé de l’arrivée sur les sujets IA, d’une certaine forme de pragmatisme et sur le fait que nous sommes désormais amenés à parler scalability (comment on déploie ?), ROI, …

Rappel : on passe d’une IA conversationnelle à une IA d’action. “Search/Ask” laisse la place à “Delegate/Do”, Chatbot à Dobot…

Cette semaine, l’actualité a été légèrement plus calme.
Pourtant les principaux signaux relevés renforcent cette tendance.

Cette bascule est limpide dans le raisonnement de Steve Nouri sur le “web agentique”

Concept Marketing IA Takeaway

L’IA devient l’interface.

Et donc ? Les tableaux de bord laissent place aux consignes, les workflows s’auto-orchestrent, et la supervision se déplace vers la gouvernance. Ce n’est pas un gadget de plus, c’est une réécriture des couches métiers.

Anthropic pousse fort avec Claude Code, qui industrialise le développement logiciel, et Cowork, qui vise à automatiser les tâches organisationnelles.

Google intègre publicité et achats directement dans Gemini, transformant l’assistant en vendeur.

Apple s’allie à Google pour muscler Siri. Amazon, Microsoft, OpenAI jouent leurs cartes.

La bataille ne porte plus seulement sur qui a le meilleur modèle, mais sur qui contrôlera l’infrastructure commerciale et comportementale que ces agents vont orchestrer.

En clair : la demande se déplace vers des IA qui “font”, pas qui “parlent”.
Et nous ? Que devenons-nous ?

La « Civilisation des Teubés » comme le résume Vinvin ?

Civilisation des Teubés

Reste notre quotidien numérique. Le rapport “Digital 2026” confirme un paysage français massivement mobile et plus passif, avec 63,4 M d’internautes (>95% de la population) et 53,5% du trafic web sur mobile selon We Are Social FR relayé par Fred Cavazza.

Dit autrement : si vos contenus et parcours d’achat ne sont pas adaptés à une consommation rapide, passive et mobile-first, vous devenez invisibles.

Et donc ? Trois lignes de force.

  • Vous allez déléguer davantage : votre enjeu, c’est la gouvernance des agents.
  • Vous allez vendre à travers des assistants : votre enjeu, c’est la marge et l’indépendance.
  • Vous allez opérer dans un marché saturé et passif : votre enjeu, c’est la pertinence en contexte.

On fait quoi ? On passe à l’action, justement.


1. Cette semaine dans le monde du « Web Agentique »

Selon Fred Cavazza, qui a sorti un papier très complet sur le sujet cette semaine, nous vivons une transition critique où les chatbots laissent place à des agents autonomes capables d’observer, de décider et surtout d’agir.

Ce n’est plus du « Human to Machine », mais du « Machine to Machine ».

Les agents négocient entre eux. Votre agent personnel parle à l’agent de la SNCF ou d’Expedia. Mais pour que je laisse une IA réserver un hôtel ou virer de l’argent, il faut une confiance absolue.

C’est ce que souligne Brian Solis en relayant les propos du CEO de Groq (Solution d’accélération logicielle pour les LLM, pas Grok, le chatbot de X) sur la fiabilité et l’agentivité.

Pour qu’un agent soit utile, il ne doit pas seulement être intelligent, il doit être fiable à 99,9%. La moindre hallucination dans une chaîne d’action réelle a des conséquences désastreuses.

Quatre piliers technologiques rendent cette autonomie possible

Donc selon Jonathan Ross, le PDG de Groq, le passage du chatbot à l’agent repose sur des avancées concrètes. Quatre percées clés émergent comme les enjeux critiques de l’IA en 2026. Evidemment, dans sa position il a plutôt une vision optimiste des choses.

  • Fiabilité. L’élimination progressive des hallucinations rend les modèles suffisamment robustes pour prendre des décisions opérationnelles. Les « travailleurs numériques » atteignent désormais plus de 90% de fiabilité sur des tâches multi-étapes.
  • Agentivité. Les agents décomposent des missions complexes en sous-tâches et les exécutent de manière autonome. Ils ne se contentent plus de répondre à des prompts isolés. Ils orchestrent des workflows entiers.
  • Invention. L’IA devient capable de créer des solutions nouvelles, d’innover au-delà de l’exécution de commandes prédéfinies. Elle ne répète pas, elle invente.
  • Capacité proxy. L’IA agit directement dans le monde réel ou numérique : effectuer un paiement, réserver un vol, envoyer un document. Le passage de la suggestion à l’action concrète et automatisée.

Alors certes, le web agentique n’est pas une utopie.
Mais il porte des risques stratégiques et éthiques.

  • Verrouillage des écosystèmes : si quelques plateformes contrôlent les protocoles, elles dictent les règles du jeu.
  • Dépendance accrue : déléguer des processus entiers à des agents autonomes augmente la surface d’attaque en cas de défaillance technique ou de manipulation.
  • Confidentialité et sécurité : les agents accèdent à des données sensibles, effectuent des transactions. Qui garantit la sécurité ? Qui audite les décisions ?

Et donc ? On structure :

  • Auditez vos processus : quelles tâches répétitives nécessitent plus de 3 clics et aucune créativité ? C’est le terrain de jeu des agents. Testez des agents sur des workflows non-critiques : Automatisez d’abord des processus à faible risque pour calibrer fiabilité et ROI.
  • Préparez vos APIs : si votre business n’est pas « lisible » par un agent (pas d’API, pas de structure de données claire), vous serez invisibles dans le Web Agentique.
  • Repensez la sécurité : l’authentification ne concerne plus seulement les humains, mais la validation des actions prises par vos agents délégués.

2. La bataille du Commerce : Google verrouille, Apple s’allie

Le nerf de la guerre en 2026, c’est le « commerce agentique« .

Google a tiré le premier. Gemini intègre désormais nativement la publicité et les achats.

L’objectif est clair : court-circuiter le web ouvert.

Pourquoi aller sur un site e-commerce si Gemini peut vous présenter le produit, le comparer et valider le paiement dans la même fenêtre de discussion ? Là encore, on l’a déjà dit, mais nous devons nous préparer à ce que nos sites deviennent des fournisseurs de flux.

Pour standardiser cette main mise, Google lance l’UCP (Universal Commerce Protocol). C’est un standard ouvert (en apparence) pour le commerce agentique. L’idée est de créer un langage commun pour que n’importe quelle IA puisse techniquement passer commande chez n’importe quel marchand. Si Google impose ce standard, il devient le péage universel du commerce mondial.

Face à cela, Apple fait un choix pragmatique. Plutôt que de s’entêter seul, Apple et Google s’allient pour l’IA de Siri en 2026. C’est un aveu de faiblesse autant qu’un coup de maître. Siri, malgré des années d’investissement, accuse un retard flagrant en matière de compréhension contextuelle et d’autonomie. En s’appuyant sur Gemini, Apple rattrape son retard technique tout en préservant son écosystème matériel (iPhone, Apple Watch, HomePod). Pour Google, c’est un coup stratégique : installer Gemini sur des centaines de millions de devices Apple, capter les données d’usage, imposer ses standards commerciaux.

Alliance Siri 2026

Mise en perspective : quel contrôle pour les marchands ?

Intégrer un assistant IA dans le parcours d’achat n’est pas neutre. Fred Cavazza pose la question centrale : « Quel contrôle et quelles marges les plateformes imposeront-elles aux marchands ?« 

Si Google, Amazon ou Apple deviennent les intermédiaires obligés, ils dicteront les conditions : commissions, visibilité, règles de modération.

Les marchands risquent de perdre le contact direct avec leurs clients. L’assistant devient l’interface. Le client ne visite plus le site de la marque, il demande à Gemini ou Alexa. La relation se dilue. Les marges se compriment.

Le trafic organique vers les sites e-commerce va chuter. Si votre produit n’est pas référencé dans les bases de données des agents (via UCP ou autre), il n’existera simplement plus pour une partie des consommateurs.

À l’inverse, les plateformes captent des données comportementales massives : intentions d’achat, préférences, historiques, contextes. De quoi affiner le ciblage publicitaire, optimiser les recommandations, anticiper la demande. Le pouvoir se concentre.

Et donc ?

  • Anticipez l’intégration aux protocoles comme UCP : Si votre activité repose sur le e-commerce, comprendre les standards émergents est critique pour ne pas être exclu.
  • Préservez le contact direct avec vos clients : Ne misez pas tout sur les assistants tiers. Cultivez vos canaux propriétaires (email, app, communauté) pour maintenir une relation directe.

3. Focus Produit : L’offensive Anthropic (Claude Code & Cowork)

Pendant que les géants se battent pour nous vendre des chaussures, Anthropic veut prendre le contrôle de notre production. La firme ne cherche pas à nous divertir, mais à exécuter notre travail.

Deux produits majeurs incarnent cette stratégie : Claude Code pour les développeurs et Claude Cowork pour l’organisation.Côté code, l’engouement est réel. Allez jeter un coup d’œil au webinaire de Nicolas Guyon (1h) et sa synthèse pour vous faire une idée. On voit l’outil traiter un cas de data visualisation s’appuyant sur les données LVMH en un temps record. Claude Code ne se contente pas de suggérer des snippets (éléments d’une interface), il comprend l’architecture, teste et itère. C’est la fin du « copilot » passif.
Gros travail de pédagogie ! Bravo.

Data visualisation LVMH

Mais c’est Claude Cowork qui risque de changer le quotidien du plus grand nombre. Anthropic lance ici un agent capable de gérer des tâches quotidiennes administratives et organisationnelles. Imaginez un chef de projet infatigable qui nettoie votre bureau virtuel, trie vos fichiers et prépare vos réunions.

IA agentic sur des tâches quotidiennes

Ce positionnement n’est pas sans risque. Une critique de Cowork cumulant 1M de vues pointe déjà les limites : confier l’organisation de sa vie pro à une IA demande une interface irréprochable et un niveau de confidentialité que beaucoup hésitent encore à accorder. On est d’accord. Je ne suis pas encore prêt à donner les clés de mon Mac à une IA… Mais dans 6 mois ?

Mise en perspective
Anthropic tente de devenir l’OS du travail intellectuel (« Work OS« ). Ils ne visent pas le consommateur final qui achète des baskets, mais le collaborateur qui doit livrer du code ou des rapports.


4. Société & Tendances Numériques 2026

Au-delà des outils, comment les Français vivent-ils ce virage numérique ? Le Rapport Digital 2026 de We Are Social dresse un portrait sans appel : nous sommes mobiles et de plus en plus passifs. 53,5% du trafic web se fait sur mobile. L’usage des réseaux sociaux glisse vers une consommation de divertissement passive (type TikTok/Reels) au détriment de l’interaction sociale pure.

rapport-digital-2026

Paradoxe intéressant : alors que l’usage grand public devient passif, le marché de l’emploi s’excite. Selon LinkedIn, les métiers IA dominent la croissance. Il ne s’agit plus seulement de chercheurs en Machine Learning, mais de profils capables d’intégrer ces outils dans des processus métier existants.

Mais attention aux effets d’annonce. Raphaël Richard souligne la guerre des chiffres sur l’adoption IA. Entre les sondages déclaratifs (souvent optimistes ou biaisés) et la télémétrie réelle (qui ne mesure que ce qu’elle voit), difficile de dire si la France est en avance ou en retard. Une chose est sûre : l’écart se creuse entre une élite qui délègue à l’IA et une majorité qui subit l’algorithme.

Et donc ?

  • Vos contenus marketing doivent être conçus pour une consommation « snack » mobile sans interaction complexe.
  • Le recrutement doit pivoter : ne cherchez pas des « experts IA », cherchez des experts métier qui savent augmenter leur productivité avec l’IA.
  • Méfiez-vous des stats macro : mesurez l’adoption réelle dans VOTRE secteur, pas au niveau national.

BREVES, TIPS & SIGNAUX FAIBLES DE LA SEMAINE

Consumer Electronics Show (salon de l’électronique grand public) 2026, le futur est là… mais surtout en version “pré-série” : robotique, intelligence artificielle et autonomie impressionnent (Zoox roule déjà à Las Vegas), pendant que le reste se perfectionne. Le signal marketing : on ne vend plus une “fonction”, on vend un système (capteurs + logiciel + intégration) avec valeur mesurable. Différenciation à venir : confiance et confidentialité — sinon l’automatisation restera une démo qui fait “wow”. A lire ici, aussi chez Emmanuel Vivier ou chez Maddyness.

Les tendances tech qui vont influencer notre futur en 2026
    Tendances clés de New York NFR2026

    ☕ Un café en vrai ?

    Pour avancer cette semaine, posez-vous ces trois questions :

    1. Comment votre entreprise se prépare-t-elle à l’ère du ROI et des agents IA en 2026 ?
    2. Votre stratégie SEO est-elle déjà en train d’évoluer vers le GEO pour naviguer dans le nouveau paysage de la recherche ?
    3. Face à la bataille des écosystèmes IA, comment adaptez-vous votre présence et vos investissements technologiques ?

    Autant de sujets qu’on adore explorer chez RnD.

    Alors, pourquoi ne pas en parler autour d’un café (virtuel ou réel) ?

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