RnD Café ☕️ – #435
13 juin 2026
Au sommaire cette semaine
- Les LLM ne produisent que 3 % d’arguments uniques. Votre esprit critique vaut de l’or.
- Claude 5 (Fable, ex Mythos) est là, OpenAI murmure « Chat is Dead » : place aux agents qui travaillent seuls.
- Polytechnique, LaSuite, Kyber : la semaine où la souveraineté est passée aux actes.
- La créa IA renforce son mode production : JSON, batch et micro-expressions.
- GEO : votre réputation ne fait plus écho, elle laisse des traces.
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Toutes les synthèses ci-dessus sont produites à partir des 51 sources de la semaine, in extenso via NotebookLM.

Le grand lissage cognitif
L’University of Maryland a mesuré ce que produisent vraiment les LLM quand on leur demande d’argumenter : 3 % d’arguments uniques. Les humains, sur le même exercice : 65 %. C’est Benoit Raphael qui a relayé l’étude cette semaine, et je vais m’en faire le porte-voix dès la prochaine keynote où j’officierai jeudi.
Vingt fois moins d’originalité. Pas parce que la machine est bête (quoique). Parce qu’elle est consensuelle par construction. Un modèle, c’est des stats, et des stats, ça moyenne. L’inverse exact des réseaux sociaux, qui survalorisent la radicalité (je vous partageais le graphique de Brian Solis là-dessus dans le #428). Deux distorsions opposées, et aucune ne pense à votre place.
Gilles Guerraz enfonçait le clou cette semaine : ChatGPT, Claude, Gemini sont programmés pour être complaisants. Ils acquiescent. Ils valident. Ils reformulent votre idée avec enthousiasme au lieu de la challenger. En clair : par défaut, votre assistant IA est un béni-oui-oui. Jetez un coup d’oeil aux sept prompts qu’il a retravaillés. En fait, si je puis me permettre, faites plus que cela : sauvegardez-les dans vos instructions personnalisées (suivez le mode d’emploi selon votre chatbot : Gemini, Copilot, Claude, ChatGPT, Mistral Vibe, l’ex-Le Chat).
Hier matin, en échangeant avec un dirigeant que j’accompagne, nous revenions sur le fond du sujet : en entreprise, tout se joue sur la décision. Et la décision, aujourd’hui, se prend davantage sur des KPI que sur l’intuition. Le chiffre rassure, le tableau de bord protège.
Ajoutez un LLM dans la boucle, et la délégation du jugement est complète : une machine à consensus statistique qui valide votre lecture des chiffres avec enthousiasme. Ce dont nous aurons besoin face à elle (et c’est tout aussi vrai face au consensus mou des réunions), c’est de discernement. Le pourquoi avant le comment. On en a déjà parlé ici. Résister par le discernement : pas simple, mais nécessaire.
« Le progrès est devant nous, à condition de dépasser sa propagande » Paul Virilio, vu en exergue de Qant.
Hubert Guillaud va plus loin dans un papier au titre facétieux, IA : la revanche des imbéciles. Il reprend la thèse d’Ed Zitron, l’ex-attaché de presse devenu poil à gratter de la tech américaine, père du concept de « Rot Economy » (l’économie de la pourriture, où l’on dégrade volontairement le produit pour maximiser le trimestre) : l’IA permet de mimer le travail. Elle masque l’absence d’expertise, flatte les dirigeants qui ne veulent pas ouvrir le capot, et valide la paresse managériale avec aplomb. L’outil qui devait augmenter l’intelligence collective peut aussi industrialiser la médiocrité. Au pire, … le pire façon workslop (à relire dans le #424).
Et pendant que la pensée se lisse, son accès se hiérarchise. Tariq Krim dans sa newsletter Cybernetica documente une fracture cognitive d’un nouveau genre : le vrai palier agentique, celui qui permet d’itérer sérieusement avec des agents, se situe autour de 100 euros par mois. L’usage intensif, codage et workflows complexes : 200 euros par mois. Penser avec l’IA devient une ligne budgétaire. Réfléchir mieux que son concurrent aussi.
Pile cette semaine, Anthropic a lancé Claude 5, alias Fable, son modèle taillé pour les tâches longues et ambitieuses. Puissant, coûteux, et surtout pensé pour travailler des heures sans nous, donc sans notre regard. On le décortique dans la rubrique Agents, juste en dessous.
Mise en perspective : nous sommes en train de payer pour des outils qui pensent plus vite que nous, et qui pensent tous pareil. La valeur ne sera bientôt plus dans l’accès, que tout le monde finira par avoir, à des prix variables. Elle sera dans ce que Benoit Raphael appelle la friction intentionnelle : la capacité à ralentir, à contredire, à configurer ses outils pour qu’ils vous contredisent.
C’est ce que nous répétons en formation. La compétence qui monte c’est le doute outillé. Exiger de vos IA un niveau de certitude. Leur imposer la contradiction. Garder, quelque part dans le workflow, un humain qui dit « non, creuse encore ».
Dit autrement : plus vos équipes utilisent l’IA, plus leur esprit critique devient l’actif le plus rare.
Et sinon dans cette édition : des agents qui enterrent le chatbot, une Europe qui réapprend à dire non à ses fournisseurs, des chaînes de création visuelle qui s’industrialisent, et des moteurs de réponse qui se souviennent de tout ce qu’on a dit de vous.
Quant à Brigitte, qui a appelé 5 173 boulangeries cette semaine : réponse tout en bas, autour d’un café.
Bonne lecture et très bon week-end.
AGENTS : Le petit chat est mort
La semaine restera comme celle où les deux leaders du marché ont dit, chacun à sa façon, la même chose : l’interface conversationnelle aura été une parenthèse.
Claude 5, le modèle qui se passe de nous
Anthropic a lancé Claude 5, alias Fable (anciennement connu sous Mythos). Ethan Mollick l’a testé en profondeur et sa conclusion compte : avec ce modèle, l’humain passe de réalisateur à commanditaire. On ne pilote plus chaque étape, on passe commande d’un résultat. Le modèle orchestre lui-même ses sous-agents pour la recherche, le code et la vérification.

Sa démo la plus impressionnante : une carte isochrone (où chaque zone colorée indique le temps de voyage nécessaire pour l’atteindre depuis un point donné – dans le cas ci-dessus depuis New York) générée sur simple demande, pour laquelle Fable a collecté seul plus de 2 200 vols réels, horaires TGV et Shinkansen compris, plusieurs heures durant et sans intervention. Aucun modèle précédent, dit Mollick, n’avait réussi ne serait-ce que la moitié du chemin.
Mollick note aussi le revers : moins de transparence sur les décisions du modèle, un coût en tokens élevé, des garde-fous stricts. Louis Graffeuil complète le tableau côté contraintes : un modèle optimisé pour les tâches complexes et ambitieuses, pas pour les micro-requêtes, avec des modes « high effort » pour la qualité, des sessions de 5 heures et une rétention de 30 jours qui demandent une vraie planification.
Et notez le calendrier, digne d’un dealer ! Fable est inclus dans les abonnements jusqu’au 22 juin ; ensuite, il faudra probablement passer par l’API, facturée à l’usage. Et l’usage coûte cher, très cher. La première dose est offerte !
La réponse d’OpenAI ne s’est pas fait attendre : des baisses de prix seraient à l’étude face à la pression d’Anthropic. La guerre des prix des LLM commence, et c’est plutôt une bonne nouvelle pour vos budgets.
« Chat is Dead »
Pendant ce temps, Gizmodo rapporte que l’expression « Chat is Dead » circule chez OpenAI. Comme aurait dit l’Agnès de Molière : « le petit chat est mort ». Mais aujourd’hui, l’ingénu, c’est nous : charmés par la conversation, nous bavardons avec nos assistants pendant que, derrière le décor, on prépare un monde où la conversation ne sera plus nécessaire. Le plan : transformer ChatGPT en superapp. Le modèle, c’est WeChat en Chine : une app unique d’où l’on discute, paie, réserve, code et fait tourner des mini-applications, sans jamais en sortir. Appliqué à l’IA : un point d’entrée unique qui absorbe la recherche, la bureautique, les agents et le code, monétisé par abonnements entreprise et facturation au token. Plus besoin d’ouvrir dix outils : l’app devient le système d’exploitation de votre journée de travail.
Le signal le plus parlant vient d’Anthropic même : le responsable de Claude Code n’écrit plus de prompts, rapporte Guillermo Flor. Il conçoit des boucles : des systèmes où l’IA s’auto-prompte, s’auto-corrige et se coordonne seule (le concept côté doc Anthropic ; pour s’y mettre ce soir, la commande /loop expliquée pas à pas). La compétence rare : concevoir le système qui se passe de requêtes.
Fred Cavazza tire le fil jusqu’au terminal mobile : à l’ère agentique, les agents remplacent progressivement les applications, la messagerie devient leur vecteur naturel, et les lunettes connectées candidatent à la succession du smartphone. Côté open source, goose montre que l’agent local s’installe durablement, après OpenClaw et Hermes : desktop, CLI (l’usage en ligne de commande, sans interface graphique) et API, plus de 70 extensions via le standard MCP (Model Context Protocol, le connecteur universel entre IA et outils), une quinzaine de fournisseurs de modèles.
La courbe qui fâche
Et la production explose déjà. Le graphique partagé par Jen Zhu Scott le montre : avec l’IA agentique, n’importe qui sort une app en quelques heures, et tout le monde le fait. Mais la courbe de l’usage, elle, reste plate. Fabriquer n’a jamais été aussi facile ; être utile, jamais aussi rare.

En résumé : fini le dialogue, place aux agents qui exécutent. Fabriquer ne sera plus jamais le problème ; choisir quoi fabriquer, et vérifier que ça sert vraiment quelqu’un, voilà le nouveau métier.
Et donc ?
- Budgéter : l’agentique sérieux coûte 100 à 200 euros par mois et par utilisateur intensif (cf. édito). Provisionnez avant que la DSI ne le découvre sur une note de frais.
- Tester en local : goose est open source et gratuit ; un pilote sur un workflow simple (veille, reporting) coûte une après-midi mais attention : la cybersécurité c’est un métier.
- Se former vite : les mini-cours gratuits de Ruben Hassid et la masterclass de 26 minutes d’un ingénieur Anthropic sont deux points d’entrée sérieux et gratuits.
SOUVERAINETÉ : La semaine où l’Europe est passée aux actes
On parle de souveraineté numérique depuis des années. Cette semaine, plusieurs histoires racontent un même basculement : on commence à passer de la parole aux actes. Lire ce qui suit en écoutant ça 😉
Polytechnique dit non
L’École Polytechnique a abandonné son projet de migration vers Microsoft 365, rapportent Les Numériques. Les arguments qui ont fait plier la direction : le Cloud Act qui expose les données de recherche aux services américains, et le Code de l’éducation qui impose la priorité aux logiciels libres. Mobilisation interne, CNLL (Conseil National du Logiciel Libre) et élus ont fait le reste. D’autres universités regardent.
Au même moment, 40 000 fonctionnaires français migrent vers LaSuite, l’alternative souveraine, relaie Damien Van Achter. Tchap et OnlyOffice gagnent du terrain dans l’administration. Une coordination européenne et un consortium public-privé sont évoqués.
Souverain ne veut pas dire invulnérable : Tchap a subi une fuite de données confirmée par la DINUM le 8 juin. Via un compte usurpé, un pirate revendique 643 459 messages aspirés (chiffres non validés), mais uniquement des salons publics : le chiffrement des conversations privées a tenu, confirme le communiqué officiel.
La souveraineté a désormais un score
La souveraineté se chiffre désormais : l’index EDRIX (European Digital Resilience Index) mesure chaque trimestre la résilience numérique des 27 États membres, en partant d’un constat : 264 milliards d’euros s’échappent chaque année vers les infrastructures américaines.
La méthode est transparente et automatisée, quatre piliers notés de 0 à 10 puis moyennés : densité de développeurs GitHub, adoption de Linux et des navigateurs souverains, hébergement souverain des 1 000 plus gros domaines nationaux, et celui des domaines publics.
Top 3 : Autriche (7,43), Allemagne (7,28), Finlande (7,13). La France est 7e à 6,13, avec un profil contrasté : très solide côté secteur privé (9,45), à la traîne côté services publics (6,67), dont une partie tourne encore sur des infrastructures américaines.
Et un paradoxe instructif : l’Irlande, championne des développeurs, pointe 22e (3,88), faute d’hébergement souverain.

Le capital en trois actes
Trois transactions, trois destins pour la valeur française : celle qui part, celle qui naît, celle qui reste.
D’abord, celle qui part : Leboncoin vendu 12 milliards d’euros à des fonds anglo-américains, signale Maâmar Gomeri : ~28 millions de visiteurs mensuels, une marge proche de 45 %, et une hausse des commissions à prévoir pour rembourser l’acquisition. Une plateforme stratégique française change de mains en silence.
Ensuite, celle qui naît : Jean-Baptiste Kempf, l’architecte de VLC (le lecteur multimédia français open source au cône de chantier orange, plusieurs milliards de téléchargements), lance Kyber avec 5 millions de dollars levés pour le contrôle de machines à distance (bureaux, drones, robots). La crédibilité open source française continue de produire des champions.
Enfin, celle qui reste : OVHcloud serait en passe de racheter Gladia, la pépite française de la transcription vocale IA. Le mouvement est double : le cloud souverain monte de l’infrastructure vers les briques logicielles, et il mise sur la voix, en passe de devenir une matière première structurée pour les agents et les workflows. Au conditionnel encore, mais le signal est rare : l’Europe manque d’acquéreurs pour garder ce qu’elle invente au pays.
Mise en perspective : la souveraineté entre dans les critères d’achat, et plus seulement dans les colloques. Les clients publics la mettent déjà dans leurs appels d’offres ; les clients privés suivront, peut-être par conformité d’abord, probablement par conviction ensuite.
Et donc ?
- Cartographier sa dépendance : suite bureautique, cloud, IA. Qui peut couper quoi, et en vertu de quelle loi ?
- Anticiper la question : si vous vendez de la tech ou du service numérique, préparez votre réponse souveraineté avant qu’on vous la pose.
- Et votre LLM ? Des solutions souveraines s’installent très bien en entreprise. Nous le faisons ; si vous souhaitez en parler, le café est offert (voir tout en bas).
CRÉATION : Le prompt devient une chaîne de production
Trois signaux cette semaine, un même mouvement : la création visuelle IA quitte l’artisanat du prompt pour entrer dans l’ingénierie de production.
Le prompt devient du code
Ross Symons structure ses prompts image en JSON (un format de données informatique) : esthétique, composition et rendu sont définis par sections, les variables produit se mettent à jour sans toucher au reste. Résultat : des séries entières d’images, du même angle, du même éclairage, de la même échelle, sujets différents.
Ses démos reconstituent des produits en LEGO : attention aux droits de marque en usage commercial, il le rappelle lui-même.

L’échelle industrielle
Raphael Guilhem montre le Batch Mode branché sur Google Drive : un catalogue produit entier shooté en un clic. Son retour d’expérience honnête : le workflow est simple à créer, complexe à maintenir. Inspection, corrections et monitoring post-génération restent indispensables. L’IA génère, l’humain garantit.

Le réalisme franchit un nouveau cap
Kling AI 3.0, repéré par Heather Cooper, capture désormais les micro-expressions et les intonations émotionnelles en image-to-video : une image clé, un prompt détaillé, et des visages qui jouent juste. Publicité, cinéma, avatars.

Pour suivre le rythme, le récap hebdo de Gilles Guerraz condense l’actu image et vidéo IA en moins de trois minutes ; abonnez-vous, c’est le meilleur rapport signal/temps sur la créa.
Et donc ?
- Structurer : transformez vos prompts visuels en briques réutilisables (style, cadrage, contraintes de marque) plutôt qu’en incantations jetables.
- Industrialiser avec un filet : tout passage à l’échelle exige un contrôle qualité humain documenté. Budgétez-le.
- Vérifier les droits : marques, personnes, styles d’artistes. Le réalisme de Kling 3.0 rend le sujet brûlant.
RÉPUTATION : Votre marque ne fait plus écho, elle laisse des traces
Les moteurs de réponse sont en train de remplacer la page de résultats. Ça, on l’a tous compris. Pour les marques, ça change la nature même de la réputation.
De l’écho à la trace
L’analyse de la semaine vient de Superception : les moteurs de réponse ne listent pas des liens, ils synthétisent et interprètent. Ils mobilisent des sources anciennes et périphériques, et construisent une mémoire algorithmique qui conserve et réactive des traces numériques longtemps après leur publication. En clair : votre communication de crise de 2019 peut ressurgir dans une réponse générée en 2026. La réputation se gère désormais sur des années, pas sur un cycle d’actu.
Le GEO se discipline
Côté pratique, la cheat sheet GEO de Connor Gillivan (Generative Engine Optimization, l’art d’être cité par les LLM) déroule l’arsenal : contenus courts en question-réponse, réponse dans les 50 premiers mots, tableaux comparatifs (+32 % de citations), données originales. De quoi occuper une équipe SEO pendant un trimestre.
Sauf que Gillivan, au milieu de sa propre liste, mise tout sur le rouge : le facteur n°1, c’est l’autorité de marque, et 85 % des mentions viennent de pages tierces, pas de votre site.
Autrement dit, ses propres astuces ne pèsent presque rien face à votre notoriété. Un LLM ne crawle pas votre site en direct, il restitue ce que le web dit de vous ailleurs : presse, forums, comparatifs, Wikipédia. On ne se classe plus, on se fait citer.
Et ça ne s’achète pas (que) en balises : ça se construit en étant une référence, longtemps, partout.
Rien de nouveau sous le soleil, finalement.

Et donc ?
- Auditer : posez à ChatGPT et Perplexity les 10 questions que vos clients posent sur votre marque. Ce qu’ils répondent EST votre réputation.
- Restructurer : blocs courts, question-réponse, données originales. Visez la citation par les moteurs de réponse ; le clic suivra.
- Surveiller les traces : inventoriez les contenus historiques réactivables (crises, polémiques, vieux positionnements) et préparez les correctifs.
BRÈVES & SIGNAUX FAIBLES
Business & Marché
MANGOS : exit FAANG, TechCrunch popularise MANGOS (Meta, Anthropic, Nvidia, Google, OpenAI, SpaceX), le nouveau noyau du pouvoir tech. Ce n’est plus de la prospective : SpaceX est entrée au Nasdaq vendredi 12 juin, 75 milliards de dollars levés, la plus grosse IPO de l’histoire, un titre qui a bondi jusqu’à +30 % en séance et un Elon Musk devenu au passage le premier trillionnaire de l’histoire (si vous voulez savoir ce que cela fait, TTSO a fait un petit jeu rigolo). Anthropic a déposé son S-1 confidentiel auprès de la SEC le 1er juin, OpenAI a suivi le 8. Et donc ? Le centre de gravité de la tech se déplace vers l’IA et les systèmes autonomes.

Le calcul IA en orbite : SpaceX annonce AI1, un satellite dédié au calcul IA alimenté en solaire, chaque unité équivalant à un rack Nvidia GB300, avec un objectif affiché allant jusqu’à un million de satellites. Et donc ? Les contraintes énergétiques des datacenters poussent le cloud hors de la Terre ; à suivre comme signal, pas encore comme offre.
Outils & Plateformes
llm-council : Andrej Karpathy publie un projet open source où plusieurs LLM répondent, se relisent et se classent anonymement avant qu’un modèle « président » ne synthétise. Et donc ? La délibération multi-modèles est une parade concrète à la complaisance d’un modèle unique (cf. édito).

RAG 2026 : les 5 architectures RAG à connaître (Retrieval Augmented Generation, la génération augmentée par recherche documentaire) : Hybrid, GraphRAG, Agentic, Corrective, Multimodal. Et donc ? Le choix d’architecture impacte directement précision, robustesse et coût ; « on a un RAG » ne veut plus rien dire sans préciser lequel.

WWDC 2026 : Apple repense Siri avec une intégration Google Gemini, une app dédiée et de nouvelles capacités visuelles ; iOS 27 reste compatible jusqu’à l’iPhone 11. Et donc ? Même Apple sous-traite une partie de son intelligence ; l’ère des assistants propriétaires fermés se referme.
RH & Organisation
Chief People & Agent Officer : repéré sur le profil LinkedIn d’Andy Doyle (Kantar) : le mot « Agent » s’est invité dans l’intitulé même du DRH. L’expression qui circulait jusqu’ici disait l’inverse : le DSI deviendrait le DRH des agents. Et elle se tenait : un agent reste un logiciel, avec des droits d’accès, des coûts et des incidents. Un DRH qui annexe le périmètre, c’est une vision du futur du travail ou un titre LinkedIn de plus ? Le début d’une guerre de territoire DSI/DRH sur le management des agents ? Mon pari à terme : ni l’un, ni l’autre. C’est le métier qui pilotera (mais dans le respect d’une gouvernance)

Société & Régulation
Synthetic performers : New York impose depuis le 9 juin la déclaration explicite des mannequins et acteurs générés par IA dans la publicité, sous peine de sanctions. Et donc ? La transparence du contenu synthétique devient une obligation légale, et l’Europe est déjà au calendrier : l’article 50 du RIA (règlement IA) s’applique au 2 août 2026, échéance maintenue par le Digital Omnibus (on vous le détaillait dans le #434). Le délai de grâce au 2 décembre ne vaut que pour le watermarking côté éditeurs de modèles, pas pour les annonceurs : photos retouchées, voix synthétiques, vidéos générées, vos chartes de production doivent être prêtes pour cet été.

IA récursives : un papier de la revue Science, relayé par Gilles Babinet, alerte sur les systèmes capables d’améliorer leur propre code : transparence en chute, environnements multi-agents inintuitifs, gouvernance jugée non contraignante. Et donc ? Pendant que nous déployons des boucles d’agents (cf. plus haut), la science nous rappelle que personne ne sait très bien les auditer.
☕ Un café en vrai ?
Une IA a passé 5 173 appels téléphoniques cette semaine pour cartographier le prix de la baguette en France. Résultat du Baguette Index : plus de 1 500 prix collectés, une moyenne à 1,25 euro, le tout pour environ 30 euros de coûts techniques. Un agent vocal prénommé Brigitte, du scraping malin, zéro sondeur. On en sourit, puis on réalise : c’est exactement ça, une boucle agentique. Utile ? Il y a débat. Prudente, en tout cas : Brigitte n’a pas demandé le prix du pain au chocolat. Plus au sud, on lui aurait raccroché au nez : « chocolatine ! ».
Trois questions qui méritent un vrai échange autour d’un café :
- Vos équipes utilisent l’IA tous les jours : qui, chez vous, challenge encore ses réponses ?
- Le chat s’efface au profit des agents : avez-vous commencé à imaginer à quoi ressemblera votre prochain outil interne ?
- Souveraineté numérique : argument de conviction ou critère d’achat chez vos clients ?
Autant de sujets que nous aimons explorer chez RnD.
Pourquoi ne pas en parler autour d’un café (virtuel ou réel) ?
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